Lectures juin 2009

Publié le par Laetitia BERANGER

Certainement pas - Chloé DELAUME

Je poursuis mes découvertes Delaumiennes avec ce singulier Cluedo. J'y retrouve tout ce que j'aime, cette façon de se réapproprier la phrase selon ses propres règles et ce rythme, ces sonorités qui me poussent à prononcer certains passages tout haut. A chaque fois, je sais que ça sonnera comme rien d'autre. Le mode de narration est étonnant (un peu déroutant au début) et confirme là aussi, la démarche expérimentale de Chloé Delaume. Cette capacité de s'affranchir des codes du roman... J'en redemande. Encore. (Et je garde une tendresse particulière pour Esther Duval).

Certainement pas

"Dans le fumoir d'un pavillon de l'Hôpital Sainte-Anne, trois hommes et trois femmes se confrontent à leur passé secrètement lourd d'abjections quotidiennes et de compromissions. Orchestrée par le fantôme du Docteur Lenoir, une étrange partie de Cluedo tiendra lieu de procès, laissant au fil des tours chacun se démasquer. Tous ont commis un crime : celui d'avoir cédé, de s'être adapté, de s'être fait les serviles serviteurs d'un système, d'avoir plié le genou devant les valeurs marchandes. Pour ces six personnages en quête de coeur, les pathologies ne sont que des refuges, ultime échappatoire après une trop tardive prise de conscience. Attachants dans leur aveuglement, ils n'en restent pas moins coupables. Représentatifs à l'extrême des travers de la société contemporaine, victimes, ces personnages ne le sont certainement pas."


La chorale des maîtres bouchers - Louise ERDRICH

Une lecture dont je n'ai pu m'empêcher d'attendre plus, jusqu'à la fin. Sûrement parce que ce roman m'avait été chaudement recommandé et que je devais en espérer un peu trop. Il comporte néanmoins des personnages vraiment attachants et surprenants. Une chouette chronique familiale, voilà.

La chorale des maîtres bouchers

"1918. De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, décide de prendre un nouveau départ et de tenter sa chance en Amérique. Avec une valise de couteaux de boucherie héritée de son père pour seul bagage, il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord, où sa femme et leur petit garçon le rejoignent. Fidelis découvre le Nouveau Monde en travaillant comme un forcené et en chantant le soir dans un choeur d'hommes : « la chorale des maîtres bouchers ». Mais l'aventure des Waldvogel ne va vraiment débuter qu'après la rencontre d'un couple improbable et lui aussi émigré... Ainsi commence l'extraordinaire destin d'une famille germano-américaine, des années vingt aux années cinquante, entre l'Europe et l'Amérique. A la frontière du réalisme et de la magie, Louise Erdrich nous plonge dans son puissant univers imaginaire pour nous raconter le « rêve américain » de sa voix de poète. Et nous prouver, avec cette magnifique histoire d'amour, de mort et de rédemption, qu'elle est un des meilleurs écrivains américains, aujourd'hui au sommet de son talent."


Sauvagerie - JG BALLARD

Là, je n'ai pas accroché du tout parce que dans le même genre, "La nuit des enfants rois" est nettement plus crédible (et pourtant !) les ressorts psychologiques étant plus intéressants. Je ne crois pas que l'explication des meurtres soit l'enjeu de ce court roman parce qu'on comprend vraiment très vite de quoi il est question... et la partie revenant en détails sur le massacre ne m'a pas apporté grand chose non plus. Sans grand intérêt donc.

Sauvagerie

"Pangbourne Village est un enclos résidentiel de luxe près de Londres, où une dizaine de familles aisées — directeurs généraux, financiers, magnats de la télé — vivent en parfaites harmonie et sécurité. Jusqu’au jour où l’on découvre que tous les enfants viennent d’être kidnappés et leurs parents sauvagement massacrés. Deux mois après les faits, les enlèvements ne sont toujours pas revendiqués. Les enquêteurs sont dans l’impasse. Impuissants, ils se repassent avec effarement la vidéo tournée sur la scène du crime. La froideur méticuleuse des assassinats ajoute à l’impression d’être en présence d’une tuerie hors-norme."


Deux sur la balançoire - William GIBSON

Depuis que je fais du théâtre, j'ai envie de lire des pièces. Jusqu'ici, j'en lisais peu car la forme me paraissait souvent inadaptée (souci majeur : les didascalies qui me faisaient constamment sortir du texte) mais celle-ci m'a beaucoup plu et toutes les indications emmagasinées au fil de ma lecture (l'agencement particulier de la scène divisée en deux appartements, le passage des comédiens d'un côté à l'autre, etc...) m'ont vraiment permis de visualiser les choses et j'ai adoré ça. Les notes de mise en scène ont ajouté un intérêt supplémentaire au texte en lui-même et c'est la première fois que je le ressens ainsi. Dans un esprit très "Scènes de la vie conjugale" voire encore meilleur car j'ai éprouvé plus d'empathie pour ce couple-là.

"C'est quoi, c'est quand, c'est comment, aimer ?... Aimer, c'est ne pas comprendre, aimer c'est tomber, tomber jusqu'au fond l'un de l'autre. Même mon regard est à l'intérieur de ses yeux... Elle est ma pire ennemie peut-être, mais c'est ma femme, dans ma chair... Aimer, même quand on se fait du mal c'est se dire : mais c'est elle qui m'en fait... Aimer c'est se détester en se tenant la main."


Le goût du théâtre - Sandrine FILIPETTI

Un très chouette recueil pour les amoureux du théâtre (j'en connais quelques uns à qui il pourrait plaire !). Des anecdotes amusantes et des textes plus ardus - sur lesquels je reviendrai - tentant de définir le théâtre (ou ce qu'il devrait être ?) et permettant d'appréhender son évolution au fil du temps. 

Le goût du théâtre

"Qu'est-ce que le théâtre ? Pour Molière, c'est l'« étrange entreprise [...] de faire rire les honnêtes gens ». Victor Hugo y voit un art qui « doit faire de la pensée le pain de la foule », et Louis Jouvet « un objet qui soit comme un vrai objet et qui soit faux ». Siècle après siècle, le théâtre fourmille de trajectoires romanesques en diable, de songes et de rêveries, de conflits et de complots, de drames et de passions. Témoin de l'Histoire, du temps, de l'évolution des mœurs et des révolutions esthétiques, il secoue, provoque, séduit, traite d'à peu près tout et cultive aussi bien la surprise que l'émerveillement. Flânerie à travers les rages et les espoirs de quelques caractères bien trempés qui n'ont jamais sacrifié leur talent au moule du conformisme, ce « goût du théâtre » se savoure en compagnie de Sarah Bernhardt, Bertolt Brecht, Albert Camus, Jacques Charon, Denis Diderot, Alexandre Dumas, Dario Fo, Charles Dullin, Eugène Ionesco, Henry de Montherlant, Giorgio Strehler, Jean Vilar..."


Mots migrateurs : tribulations du français en Europe - Marie TREPS

J'avais entendu Marie Treps sur France Inter et ce livre m'avait fait envie alors quand j'ai vu qu'il faisait partie de la liste proposée par Babélio pour son opération Masse Critique (encore merci !), je n'ai pas hésité très longtemps. Je suis pourtant un peu déçue car j'avais imaginé un ouvrage plus ludique alors que c'est très informatif et essentiellement basé sur des faits historiques. L'auteur évoque néanmoins des choses amusantes concernant des mots français qui changent parfois de sens. Par exemple : "complet" en grec qualifie un lieu confortable ou la sensation ressentie après un bon repas. Je n'ai donc pas terminé ce livre mais je l'ai installé sur ma table de chevet pour picorer de temps à autre, un mot migrateur ;-)
 

Mots migrateurs : tribulations du français en Europe

"En Lituanie, napoleon désigne un gâteau. Au Danemark, vous pouvez, par temps de frimas, acheter du grand vin de pinard. En néerlandais, un colbert est une veste. En allemand, salopp veut dire " sympathique " ou " décontracté ". En bulgare, sifon qualifie une personne stupide et parashoutiste une personne pistonnée. Omelette et champagne, déshabillé et blouse, bel étage et chaise longue, garage et garçonnière, rendez-vous et Je m'en fous ! sont en Europe comme à la maison. Voici le récit allègre du devenir des mots français dans les langues européennes, de l'irlandais au norvégien, du polonais au grec. Comment le français est-il parvenu à traverser les frontières ? Qu'ont retenu ces autres langues de la nôtre ? Pourquoi certaines se sont-elles montrées plus hospitalières que d'autres ? Des traces durables laissées par la grande histoire aux hasards des petites rencontres et des modes, la langue française vit d'une autre vie dans une Europe dont la diversité linguistique enchante."


Les tribulations d'une caissière - Anna SAM

Le Livre de Poche me propose toujours de lire des choses vers lesquelles je ne serai jamais allée et j'en profite pour les en remercier ! Mais là encore, je suis mitigée car je ne me suis pas autant amusée que prévu. Les anecdotes de cette singulière caissière ne sont hélas, pas franchement surprenantes. Donc j'ai souri... un peu... mais cela m'a vite lassée. Je crois que j'aurais trouvé ce récit plus distrayant si je l'avais suivi régulièrement sur le blog de l'auteur mais à mon sens, le contenu manque vraiment d'originalité pour justifier l'intérêt de l'édition d'un vrai petit livre. Cela reste sympatoche mais ça se lit très très vite (sans compter les pages à la fin, constituées de témoignages de lecteurs conquis qu'il faut absolument éviter de lire !)

Les tribulations d'une caissière

"Que voit-on du monde et des gens quand on les voit du point de vue d’une caissière de grande surface ? Que sait-elle de nous en voyant ce que nous achetons, ce que nous disons, les questions que nous posons ? Le passage en caisse est en réalité un moment très particulier. À tort, nous pensons que tout est neutre dans cette opération et nous ne nous surveillons pas. La caissière est pour nous un regard aveugle, à la limite elle est elle-même une machine. Nous nous montrons donc comme nous sommes. Et lorsque la caissière s’appelle Anna Sam, qu’elle est titulaire d'un diplôme universitaire de littérature et qu’elle n’a pas les yeux dans la poche de sa blouse, elle saisit sur le vif nos petits mensonges, nos petites lâchetés, nos habitudes plus ou moins bizarres, et elle en fait un livre qui ne ressemble à aucun autre."

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