Je déclare officiellement ouverte ma saison festivalière de cinéma ! Cette année, une journée supplémentaire pour découvrir la
sélection des films asiatiques de Deauville. Pour moi, dix au total, le record est battu mais le résultat reste
néanmoins mitigé, je ne regrette en revanche pas du tout le dépaysement...
Vendredi 9 mars 2012
Beautiful Miss Jin - Jang Hee‐chul
"Soo Dong est le gardien du passage à niveau de la gare de Dongrae. Sa vie est monotone et sans
surprises jusqu’à l’arrivée en gare de trois passagers atypiques : une femme d’une cinquantaine d’années appelée Miss Jin, une petite fille qui l’accompagne et un ivrogne bavard. Soo Dong va
rapidement s’intégrer à cette petite communauté et développer avec elle une relation peu conventionnelle..."
"Peu conventionnelle", deux mots qui décrivent tout à fait le personnage de Miss Jin ! Drôle de bonne femme sans maison qui
investit donc cette petite gare. Exercices du matin en pantouffles et chemise de nuit à coeurs, série télévisée dans la salle d'attente qu'elle occupe comme si c'était la chose la plus naturelle
et qu'il s'agissait de son salon, lecture du soir à cette gloutonne petite fille qui ne la quitte pas d'une semelle... Même le directeur bien que très ennuyé par la situation, n'aura pas le
coeur de les chasser ! Un sujet dur, traité avec tendresse et optimisme. Un vent de solidarité qui ferait bien de souffler jusque chez nous...
Mourning - Morteza Farshbaf
"Une querelle éclate entre un homme et sa femme juste avant qu’ils ne prennent la route pour se
rendre dans une ville plus au nord, chez la soeur de l’épouse, Sharareh, et son mari Kamran. Le lendemain matin, ces derniers apprennent la terrible nouvelle : ce qui est arrivé au couple, sur la
route, la nuit dernière… En état de choc, Sharareh et Kamran partent pour Téhéran accompagné d’Arshia, le fils du couple qui, la nuit du drame, n’était pas avec ses
parents…"
Une voiture roule, au loin ; on nous donne à lire à l'écran, le dialogue des passagers. Le procédé surprend et
pendant quelques minutes, j'ai pensé whaou, c'est osé mais pourquoi pas ! Et puis les minutes ont commencé à s'éterniser, et j'ai fini par comprendre pourquoi le réalisateur,
lors de sa présentation, nous remerciait d'avance de notre patience ! On finit tout de même par entrer dans l'habitacle et on découvre que les deux adultes sont sourds et communiquent en
langue des signes. De là, il ne va rien se passer... Ils roulent et ne savent comment annoncer la nouvelle à l'enfant, voilà voilà... Le tout est parsemé de symboles gros comme tout (le garçon a
tout du long, ses écouteurs greffés sur les oreilles, il est donc lui aussi "sourd" à sa façon, de la difficulté à communiquer, bla bla bla). A un moment, j'ai fermé les yeux, je ne sais pas si
cela a duré mais ils en étaient globalement toujours au même point quand j'ai trouvé la force de les rouvrir alors que dire...
The sword identity - Xu Haofeng
"Deux guerriers défient sans le savoir les quatre familles d’une ville du sud de la Chine qui
gardent jalousement secrètes certaines techniques d’arts martiaux. Pris pour des pirates japonais en raison de la forme allongée de leur sabre, ils risquent d’être arrêtés, sauf s’ils peuvent
prouver leur valeur en acceptant d’affronter un guerrier légendaire descendu de son exil en pleine montagne."
Je ne suis pas une spécialiste des films de sabres mais celui-ci m'a fait l'effet d'une parodie du genre. Burlesque à
souhait, les combats ne sont pas seulement chorégraphiés, ils sont ponctués de gags et de pirouettes (au sens propre et figuré donc !). On ne passe pas un mauvais moment mais il n'y a rien de
bien attrayant non plus si ce n'est peut-être que le "guerrier-faux-pirate" enseigne à deux femmes ses techniques de combat (qu'elles assimilent d'ailleurs immédiatement !) et que la supercherie
permet de faire croire qu'il est à tel ou tel endroit. Un film plaisant mais pas décoiffant !
Samedi 10 mars 2012
Death is my profession - Amir hossein Saghafi
"Dans une région montagneuse d’Iran, trois ouvriers n’arrivent plus à subvenir aux besoins de leur
famille et se retrouvent contraints de voler, pour les revendre, des câbles de lignes à haute tension. Au cours d’un de ces vols, ils tuent quelqu’un accidentellement et se transforment alors en
fugitifs…"
En voilà un qui m'a vraiment bien plu et pourtant, tout est dit dans le résumé ci-dessus. Allez comprendre pourquoi, parfois une
voiture qui roule c'est chiant alors que là, deux fois deux personnes qui marchent, c'est passionnant ! Une affaire de regard, sûrement. Comme celui de trois enfants, ne pouvant se détacher d'un
corps électrifé, saisissant... Avancer dans le froid, enchainé à l'autre, trouver des raisons pour ne pas s'arrêter. Traîner s'il le faut le corps de celui qui n'aura plus la force, qui aura
abandonné... Le regard aussi d'une vieille femme aux yeux abîmés. De mauvais yeux, à son fils, voilà tout ce qu'elle aura légué.
Saya Samourai - Hitoshi Matsumoto
"Kanjuro Nomi est un vieux samouraï, sans épée et avec un fourreau vide. Ayant été amené par le
passé à jeter son épée et refuser à se battre, il erre aujourd’hui sans but précis, accompagné de Tae, sa fille unique. Désormais recherché pour avoir renié son seigneur, il est condamné à «
l’exploit des 30 Jours » : réussir à redonner son sourire au prince éploré par le décès de sa mère. Si Kanjuro réussit, il sera libre. Mais s’il échoue, il devra pratiquer le seppuku,
la forme rituelle japonaise du suicide par éventration."
De l'humour de samouraïs en reveux tu, en revoilà ! Mais contrairement à The sword identity, pas d'entre-deux, ici nous sommes bien
pûrement dans le registre de la comédie (ce qui n'empêchera pas l'apparition d'un lyrisme final très émouvant). Notre samouraï sans épée croisera le chemin de quelques méchants pas très doués
(dont le "chiropractueur" !) avant de s'évertuer à réaliser les gags les plus improbables (à base de "sumo solo", "flûte enchante-nez" et autres facéties d'ailleurs fort bien traduites, je ne
sais pas ce que ça donne en japonais mais il faut avouer que les jeux de mots sont assez truqulents et ajoutent à la loufoquerie !). Le rôle personnage la petite Tae est très bien senti, elle
proposera régulièrement à son père d'opter pour le suicide, solution ô combien préférable à ces pitreries et surtout moins déshonorant ! On rit, on s'indigne, on rit de nouveau.
I carried you home - Tongpong Chantarangkul
"Pann vit à Bangkok. Un jour, elle reçoit un appel de sa tante en pleurs qui lui annonce que sa
mère est dans le coma suite à un terrible accident. Elle contacte alors sa soeur aînée Pinn, laquelle s’est enfuie après son mariage, pour vivre à Singapour et y commencer une nouvelle vie loin
des contraintes de la famille. Les deux soeurs sont alors forcées de passer du temps ensemble et, peu à peu, de réapprendre à s’ouvrir l’une à l’autre."
Et nous revoilà partis pour un road movie minimaliste mais cette fois, à bord d'une ambulance que nous ne quitterons quasiment pas
pendant plus de deux heures (là aussi hein, le temps, c'est tellement subjectif !). Bon, au moins, on découvre un peu les rites funéraires thaïlandais. Parler au mort, répéter les paroles que
d'autres formulent pour vous puis indiquer scrupuleusement au mort que l'on ramène chez lui que là, on va prendre un tunnel, tourner à gauche, prendre un pont... Si je savais que la fumée de
l'encens aide les prières à monter au ciel, j'apprends que la fumée du corps incinéré retourne toujours là où le mort habitait.
Dimanche 11 mars
2012
The Raid - Gareth Huw evans
"Une citadelle imprenable au coeur des bidonvilles de Jakarta, le refuge d’un insaisissable baron
de la drogue. Personne n'a encore jamais osé s'y aventurer, avant qu'une unité de policiers d'élite n’y soit envoyée en secret pour y capturer le trafiquant. Au cours d’un raid éclair mené au
petit matin, un indic les repère et en informe immédiatement son patron. Prisonniers du bâtiment, les policiers
vont devoir affronter les tueurs, étage après étage, pour réussir à s’en échapper, à survivre et à s’en sortir..."
Pour ce dernier jour de festival, il fallait frapper fort (et surtout se motiver pour être à 9h tapantes dans la grande salle du
CID) et bien, je n'ai pas regretté d'avoir quitté mon lit ! L'extrait que j'avais vu du film à la convention SND m'avait fait redouter du violent gratuit, que nenni ! D'abord, ces gens sont très
propres, ils disposent une bâche sur le sol avant d'abattre quatre hommes d'une balle dans la tête. La où ça se gâte, c'est pour le cinquième : plus de balles dans le révolver, il aura droit au
marteau... mais le réalisateur a la délicatesse de nous en épargner la vision ! Bon, on ne va pas se mentir, si nous avons ici à faire à un huis-clos, nous sommes bien au rayon du très très
musclé. Le sang gicle mais juste ce qu'il faut et surtout, nous avons derrière tout ça, un véritable scénario. Quelques note d'humour également (un couteau à bout rond pour extraire une balle,
c'était ça ou les baguettes !) et un puriste du combat qui préfère utiliser ses mains parce qu'utiliser un flingue, c'est comme commander à emporter ! Le 7ème ciel est ici au 15ème étage, on
l'atteint en 1h40 et on en redemande ; ça tombe bien car j'ai cru comprendre que ce Raid se jouerait en trois volets...
Himizu - Sono Sion
"Sumida est un lycéen dont l’unique ambition est de devenir un homme ordinaire. Son père, qui a
quitté le foyer depuis longtemps, réapparaît de temps à autre lorsqu’il a besoin d’argent. Sa mère s’est enfuie avec son amant, laissant le jeune homme sans rien ni personne sur qui pouvoir
compter. Réalisant que son rêve ne pourra jamais être exaucé, Sumida devient obsédé par les sanctions qu’il pourrait prendre contre les personnes malfaisantes qui
l’entourent."
De ce réalisateur, j'avais déjà vu "Cold Fish" qui m'avait laissée comment dire, médusée ! Ce film-là, a pour toile de fond les
décombres de Fukushima et débute par un poème en voix-off qui m'a tout de suite fait penser à "Hiroshima, mon amour". Au "J'ai tout vu, tout" se substitue un "je connais tout" fil conducteur se
prolongeant par "je connais tout, hormis moi-même". Quelques belles idées comme cette jeune fille fort têtue (elle se prend un nombre de baffes incalculable mais se contente d'enfouir dans sa
poche, une pierre par grief afin de pouvoir les jeter sur l'objet de sa colère). Le problème majeur c'est que la quasi totalité des dialogues sont hurlés, les acteurs sont histériques et on ne
comprend pas très bien ce qui les agitent tous ainsi ! Trop violent et gesticulant, un film épuisant...
Pink - Jeon Soo‐il
"Par un matin pluvieux, Su‐jin descend d’n train dans une gare inconnue. Elle va
en direction d’un bar, le Pink, afin de commencer un nouveau travail. Ok‐ryeon est la patronne de ce bar depuis une dizaine
d’nnées. Elle a un fils, Sang‐guk, qui ne dit rien. Ok‐ryeon, Sang‐guk et tous les autres
laisses‐pour‐compte qui ont un jour échoué au Pink rappellent à Su‐jin l’istoire douloureuse de sa famille. Violée par
son père lorsqu’elle était jeune, elle vit depuis dans la honte et la culpabilité. Au Pink, son passé continue de la hanter mais elle doit essayer de l’oublier."
Bon alors, là aussi, mes paupières se sont révélées très très lourdes et après avoir vu la patronne faire pipi dans un tunnel,
j'avais décidé de m'autoriser à piquer un petit roupillon mais non, par conscience cinéphile, j'ai tenu bon... mais à quoi bon ! On mange, un morceau reste coincé, on pourrait s'étouffer mais
non... On boit, on manifeste un peu mollement contre la démolition du quartier, on se met toute nue sur un bateau... On refait pipi, on fume une cigarette (en plan fixe, toujours en plan fixe
surtout !) ah oui et j'oubliais, il pleut presque tout le temps ! Au bout d'un moment, j'ai trouvé plus d'intérêt à étudier les têtes de plus en plus penchées des spectateurs et leurs épaules
bougeant lentement au rythme des respirations amplifiées qu'à regarder l'écran... Pourquoi "Pink" au fait, me direz-vous ? Même la patronne, ne sait pas !
11 Fleurs - Wang Xiaoshuai
"En 1974, au cœur de la révolution culturelle chinoise, un garçon de dix ans observe le monde des
adultes et n’y comprend pas grand-chose. La rencontre avec un meurtrier en fuite le pousse au secret et au mensonge. Cette confrontation signera la perte de son innocence."
Pour finir, un assez joli film sur l'enfance avec cette bande de quatre garçons et surtout les mésaventures de l'un d'entre eux
dont la nouvelle chemise cause bien des ennuis ! Il ne faudrait pas la tâcher et surtout ne pas la perdre forcément... J'ai aimé le rapport que le père entretient avec son fils (parce que côté
marternel, pour la tendresse, vous repasserez !), sa façon de disposer les fleurs pour que le fiston s'essaye à la peinture ("peindre des fleurs, c'est différent d'une nature morte ; les fleurs,
c'est vivant !") les bouts de trajets à deux sur un vélo... Je retiendrai quelques phrases attendrissantes d'enfants "que ma famille se transforme en chien si je mens !" et la fraîcheur de ces
onze printemps.
Pour finir, je vous laisse consulter ici le palmarès 2012 complet et surtout les réactions qu'il
suscite ! Deux des films que j'ai le moins aimé sont primés et mes préférées n'ont absolument rien remporté. Les goût et les couleurs, hein vous me direz !
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