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Quelques textes

Jeudi 1 juin 2006 4 01 /06 /2006 22:25

 

Tout a commencé face à un mur. Un mur pas si haut ou si imposant que ça, mais un sacré mur tout de même. J’avais beau lui parler, rien ne semblait l’atteindre. Je me demandais bien ce qui pouvait se cacher derrière. Je parlais, parlais, encore et encore mais je me heurtais sans cesse à son silence. Je pouvais presque visualiser mes mots rebondir contre sa surface insensible. S’ils avaient pu se matérialiser, ils auraient ricoché mollement et seraient aller s’échouer au sol, en complet désordre. Syllabes, accents, lettres, virgules ou points d’interrogation, tous logés à la même enseigne… J’ai observé de très près la structure de ce mur. Du crépi blanc, froid et impersonnel. J’ai commencé à gratter pour voir s’il céderait à un premier assaut. Mais le mur n’allait pas se rendre si facilement, il me laissa m’écorcher les mains sans sourciller. Je compris alors que je m’y prenais mal et décidai de tout reprendre du début. Je pris de la distance, m’assis en tailleur à quelques mètres de lui et attendis. J’étais convaincue que ma patience en viendrait à bout. Quelle naïve, vraiment ! Ce mur devait bien rire de mes pauvres tentatives… Mais je continuais à lui parler, sans renoncer, je me disais que tous ces efforts finiraient bien par être récompensés. Je parlais de moi, puisque le mur me refusait toute confidence. Parfois, cela me consolait d’avoir tout de même quelqu’un à qui parler, mais la plupart du temps, je souffrais de ne pouvoir partager. Je fatiguais mes yeux à force de le scruter, mais de temps à autre il me semblait le voir évoluer. Un léger changement d’aspérité, de couleur ou bien était-ce le fruit de mon imagination ? Petit à petit je me rapprochais du mur. J’en vins à y adosser mon dos, tout doucement. Ce contact était loin d’être chaleureux, je sentais sa réticence. En signe de bonne volonté, je collai mon oreille au mur lui proposant ainsi une écoute discrète. Mais rien n’y faisait, le mur restait muet.

 

Un jour, je me suis énervée. J’ai tapé du poing, crié mon incompréhension et mon désarroi. J’ai collé mon visage tout contre lui et j’ai pleuré. J’ai pleuré longtemps et cédé toute entière au découragement. Cela faisait des mois maintenant que je suppliais le mur de me parler. Quand il n’y a eu plus de larmes à verser, je m’endormis, ainsi au pied du mur. A mon réveil, une surprise de taille m’attendait. Le crépi avait laissé place à des briques. Sur le moment, je ne sus pas comment le prendre. Etait-ce une avancée ? Cela avait au moins le mérite d’être un signe, le premier que le mur me faisait. Je décidai donc que cette transformation était bénéfique et redoublai d’efforts. Chaque jour, je me rendais au mur et m’efforçais de le comprendre. Tout cela relevait du rituel…

 

J’affûtais mes discours, choisissais mes mots avec soin. Je marchais de long en large à ses côtés, récitant mes refrains. Je voulais tant le convaincre. Mais les mois passaient et plus rien ne se produisait. Le mur était si dur avec moi. Plus aucun signe pour m’encourager, je n’existais pas à ses yeux, c’était pire que du dédain. Une fois encore, la colère de la frustration m’envahit et je tentai une nouvelle approche en force. Je m’accrochai, tentai de me hisser, cassai mes ongles et râpai mes mains. En vain, le mur se refusait toujours à me parler. D’épuisement je finis par poser mon front contre ses briques, chauffées par le soleil. Et là, je fermai les yeux un instant, tentant de retrouver mon calme. J’entendis alors un bruit venant du côté droit. Je n’osais pas bouger de peur qu’il change d’avis. Le mur avait décidé d’agir de nouveau. Je l’entendais craquer et sentais des tressaillements le parcourir. Quand le silence se fit, je choisis de m’en écarter lentement avant de tourner la tête.

 

Ce que le mur m’avait offert, c’était une fenêtre. Oh, pas une très grande fenêtre, mais bien mieux qu’une lucarne tout de même. Dans la fenêtre, je vis un œil. Un œil tout bleu. Et dans cet œil, des tas de choses ou plutôt des tas d’images. Je compris alors que le mur et moi ne parlions pas le même langage. A moi les mots, à lui les images. Ce jour là, nous fîmes un grand pas. Parfois, le mur fermait son œil, mais je ne lui en voulais pas. Depuis ce jour, je ne désespère pas de voir s’ouvrir une porte entre le mur et moi. Une porte qui nous aiderait à allier nos mots et nos images pour ne former qu’un seul langage.

 

 

Laëtitia BERANGER

 

 

Par Laëtitia BERANGER - Publié dans : Quelques textes
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Mardi 25 juillet 2006 2 25 /07 /2006 17:11
Ecrire à deux, vous avez déjà tenté ? Et en direct via un tchat ? Non plus ?!
Tout ceci est parti d'une consigne d'écriture (qui n'a d'ailleurs pas été suivie par la suite), il fallait caser la phrase suivante dans un texte : "On aurait dit la guerre ou bien un jour férié, sans repas de famille et sans électricité." ça s'annonçait compliqué ! Alors avec un compatriote d'atelier virtuel, nous avons décidé de traiter la proposition à deux, sous forme de dialogue et le tout en direct live pour pimenter un peu l'affaire !
Résultat: 3 sessions d'une heure et une phrase imposée non casée qui finit... par devenir le titre ! Voici donc l'oeuvre commune de Serge Goethals et moi-même (s'il y a des courageux pour aller jusqu'au bout !)

"On aurait dit la guerre ou bien un jour férié, sans repas de famille et sans électricité."

 

 

Elle: Y'a quelqu'un ?
Lui: ....Oui, ici.
Elle: Où ça ici ? Je ne vois rien.
Lui: Près de la porte d'entrée.
Elle: La veilleuse fonctionne pas non plus. Je n'ai aucune idée d'où se trouve la porte...
Lui: vous avez une lampe de poche ?
Elle: Mais oui bien sûr, attendez... Franchement, vous êtes sérieux là ?
Lui: On sait jamais.. un briquet, des allumettes ?
Elle: Ben non, justement j'ai arrêté de fumer figurez-vous. Quoique là, je m'en
grillerais bien une petite, je me sens pas très bien.
Lui: vous devez être à une dizaine de mètres, je vais essayer de m'approcher.
Continuez à parler, je me repèrerai à la voix .
Elle: En même temps, je sais pas si j'ai vraiment envie de vous savoir plus près.
Lui: Qu'est-ce que vous croyez, je suis comme vous, je voudrais rejoindre ma
voiture…Y'a souvent des pannes dans ce parking ? le vendredi soir en plus, c'est
le top !
Elle: Non je crois pas, enfin j'en sais rien c'est la première fois. Et entre nous, un
vendredi soir ou un autre soir, j'vois pas en quoi c'est plus grave. Si ce n'est ces
foutues chaussures neuves que j'essaie d'assouplir depuis lundi...
Lui: Allons, restez calme, ça va revenir d'un instant à l'autre forcément. Voilà, je
dois être tout prêt maintenant. Tendez la main.
Elle: Attendez ! Avant, dites-moi au moins comment vous vous appelez.
Lui: Leborgne. Oui, au pays des aveugles, etc. on me l'a déjà faite.
Elle: Mais non ! Votre prénom m'aurait amplement suffit, même si c'est assez
drôle quand même.
Lui: C'est drôle ici, surtout. Vous êtes à coté de votre voiture, là ?
Elle: Oui oui. Votre prénom alors ?
Lui: Eric. Vous savez, on peut se faire des politesses dans le noir, mais on peut
aussi retrouver vos clefs, et on aura de la lumière avec les phares. Qu'est-ce que
vous en pensez, madame.. ou mademoiselle ...?
Elle: Bon écoutez Eric, je me rassure comme je peux, ok ? Et sinon j'en pense
du bien, faites attention je m'accroupis, je pense qu'elle ont dû glisser sous la voiture.
Et c'est " mademoiselle "...
Lui: Vous les avez fait tomber ? Vous avez du les entendre.
Elle: Oui, je les ai entendues tomber par terre. Et alors ? A quoi ça nous avance ?
Lui: Alors vous devez bien savoir où elles sont, à quelque chose près. A tâtons,
vous devriez les retrouver. C'est à ça que ça nous avance, mademoiselle.......
Elle: Je tâtonne, je tâtonne... mais en attendant, j'imagine que je ne suis pas la seule
à avoir une voiture et donc des phares non ?!
Lui: Bingo ! un peu tendue mais perspicace ! j'ai une Honda bleue. Bleue métallisée,
c'était en option. Dès que vous l'apercevez vous me prévenez !
Elle: Vous faites bien de me préciser qu'elle est bleue... Et je ne suis pas tendue
mais méfiante ce qui ne me parait pas anormal vu la situation.
Elle: Et puis surtout j'ai encore plus mal aux pieds dans cette position, je fais un break.
Lui: Bonne idée ça, un break, on a tout le temps non? Figurez-vous que j'ai une famille
et que j'ai pas l'habitude de passer mes week ends dans des parking avec...
Elle: Charlotte. Je m'appelle Charlotte et je ne compte pas vous plaindre, Eric. Si on
fait un break c'est pas pour parler popote et gamin, vous voulez bien ?
Lui: Vos clefs.. soyez franche, vous les avez paumées, tout simplement ? 
 
 
----------------------------------
 
Elle: Bon, ok j'y retourne mais j'enlève ces saloperies.  Je sens que je vais me tacher
et que ces foutues clefs peuvent être n'importe où. Peut-être qu'on ferait mieux d'attendre
sans s'énerver puisque la lumière va revenir d'un instant à l'autre...
(elle retourne sous la voiture et enlèves ses pompes)
Lui: Vous avez raison, l'équipe de secours va pas tarder. Ils sont hyper réactifs
ces types là. Surtout le vendredi soir. Surtout à la Pentecôte...
Elle: Oui la Pentecôte bien sûr... Mais c'est plus férié ça d'ailleurs non ? Vous faites
partie de ces gens qui ne se préoccupent pas des personnes âgées, c'est ça ? Si
vous me donniez un chewing gum, j'aurais sûrement moins envie de fumer et donc
je devrais être moins "tendue" comme vous dites et je passerai l'éponge sur la
solidarité...
Lui: Demain c'est l'anniversaire de ma grand mère, à Rennes, ça fait cinq cent bornes
et j'ai pas encore acheté de cadeau. C'est ça ma solidarité, mademoiselle Charlotte.
Charlotte... encore une enfant du neuf trois, c'est sûr !... excusez moi, ça me prend le chou
au bout d'un moment cette obscurité. Tenez, voilà une Valda, ça vous aidera à tenir,
où elle est votre main ?
Elle: Heu, là.. 
 
 
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Lui: C'est quand même bizarre, vous trouvez pas ?
Elle: Bizarre, comme vous y allez ! Ce que je trouve moi, c'est que ça change un peu...
Lui: C'est vrai. Le vendredi à cette heure là, je suis plus souvent bloqué sur le périph
que dans un parking sans lumière. Non, ce que je trouve bizarre, c'est que personne
d'autre vienne chercher sa voiture. Un fumeur par exemple, avec un briquet. Et puis
on verrait peut être où est la porte d'entrée..
Elle: Dites-moi Eric, vous ne seriez pas un peu du genre terre à terre, vous ? Ce que
ça change c'est aussi cette obscurité, on sent les choses différemment... Par exemple,
votre Valda, elle a pas le même goût que d'habitude, mais si, je vous assure !
Lui: Terre à terre, on peut le dire. Assis par terre même ! Je sais pas.. pour la Valda.
Tout ce que je sens, c'est un parfum. Le votre, j'imagine..
Elle: Oui, c'est vrai qu'on est pas très bien installés... Et ce parfum, admettons que ce
soit le mien, il vous évoque quoi ?
Lui: Je sais pas trop.. à vrai dire les parfums c'est pas mon truc. Mais je sens quelque
chose de frais, de léger. Je dirais bien que je sens quelque chose de féminin, mais
vous allez me trouver ringard, ou pire encore.
Elle: Non non, pas du tout. Par contre, si j'osais, je vous demanderai ce que c'est
votre truc à vous alors...
Lui: Franchement ? d'accord. Mon truc à moi c'est la voix des gens. J'entends une
personne parler, et soit j'ai envie d'engager la conversation, soit de me boucher les
oreilles. Ou je pars en courant, des fois. Oui je dirais ça, mon truc comme vous dites,
c'est les voix, leur grain, leur timbre.
Elle: J'aime bien quand vous êtes franc comme ça. Et puisque vous me répondez,
j'en conclus que ma voix ne vous fait pas vous boucher les oreilles... Alors c'est
décidé, je le prends pour un compliment !
Lui: Je disais ça en général, pas spécialement pour vous. Et comment vous savez
si je me bouche les oreilles ou non ? Vous c'est spécial, je vous ai jamais vue, je sais
pas si vous êtes jeune ou vieille - pardon, moins jeune, je rectifie - grande ou petite,
 brune ou blonde. Vous c'est une voix et un parfum. C'est pas facile tout de même,
vous êtes d'accord ?
Elle: Finalement la franchise c'est dur à encaisser, même dans le noir...
 
 
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Lui: Ca vous fait ça aussi ? dans toute cette obscurité, au bout d'un moment, j'ai des
tas d'images qui me viennent...
Elle: Oui un peu, ce qui sûr c'est que je ne me sens plus dans un parking depuis un
moment déjà. Vous me racontez un peu vos images en attendant ?
Lui: C'est pas des images précises.. ça ressemble au souvenir d'un rêve, ça s'efface
au fur et à mesure. Voilà : à chaque nouvelle parole, je me fais une nouvelle image
de vous. Tout ça se mélange ou se télescope. Mais je peux pas m'en empêcher, ça
se fait tout seul. Et puisque vous voulez de la franchise, eh bien j'ai l'impression de
vous connaître, au moins un petit peu, maintenant. Bien plus en tout cas que des
gens que je vois à longueur d'année.
Elle: Si ça peut vous rassurer, j'ai un peu cette sensation moi-aussi. Les gens sont
si pressés dehors qu'ils ne prennent pas le temps de se rencontrer vraiment. Alors
qu'ici, c'est différent…
Lui: Pour avoir le temps... on peut dire qu'on est servis ! On joue à un jeu, pour
s'occuper?
Elle: Oh oui, bonne idée ! A quoi pensez-vous ?
Lui: C'est le jeu des adjectifs. Puisque vous me connaissez un peu, vous me donnez
un adjectif qui me caractérise, pour vous. Et je réponds par un autre. On tire à pile
ou face pour savoir qui commence. Ca vous va, mademoiselle Charlotte ?
Elle: Ah bah ça m'irait plutôt bien, mais comment comptez-vous savoir de quel côté
la pièce est tombée, monsieur l'animateur hein ?!
Lui: vous en faites pas. Vous prenez pile, ou face ?
Elle: Mais c'est n'importe quoi, vous commencez déjà à tricher !
Lui: Tricher, jouer.. c'est une question de point de vue. Alors, pile, ou face ?
Elle: Mouais ça s'annonce mal cette histoire, mais au moins si la pièce roule et vous
échappe vous tomberez peut-être sur mes clefs en la cherchant ! Allez, va pour face.
Et qu'est-ce qu'on y gagne au fait, à votre jeu ?
Lui: On joue pour jouer, pas pour gagner voyons ! Face pour vous, pile pour moi.
Je lance la pièce... elle s'envole… elle retombe, elle roule par terre…elle frôle un
trousseau de clefs…elle s'immobilise. Je la prends et je la retourne sur ma main...
FACE ! vous êtes vraiment forte, c'est vous qui commencez !
Elle: Bah voyons ! Puisque je suis d'extrêmement bonne composition, je commence
par... malin !
Lui: Malin ? Malin…OK, je prends. A moi maintenant... je dirais...sauvage !
Elle: Sauvage ? N'importe quoi vous ! Faudra que vous m'expliquiez ça ensuite !
Mais je vais dire... étourdi !!
Lui: Vous voulez dire étourdi comme quelqu'un qui a perdu ses clefs ?
Elle: Exactement, alors que sauvage on ne voit pas du tout pourquoi !!
Lui: Vous excitez pas Charlotte, sauvage c'est une qualité par les temps qui courent ?
Allez, je prends étourdi. Un autre adjectif...susceptible !
Elle: Nan mais ho, ça s'arrange pas là hein ?! Pour vous ce sera frustré ! Un employé
de bureau avec des ambitions de G.O refoulées voilà ce que ça donne !
Lui: Allons, Charlotte, restez cool. Vous perdez vos moyens. Pour être sympa, je prends
le GO raté. Mais l'employé de bureau, désolé, c'est pas un adjectif, c'est un métier.
A moi….Allumeuse !
Elle: C'est ça, faites semblant de ne pas avoir relevé "frustré" ! Et est-ce qu'une
allumeuse vous embrasserait ainsi, hein ?!!
(Elle l'attrape par la cravate et l'embrasse fougueusement...)
Alors que vous, vous êtes un vrai "coincé" mon pauvre Eric !! 
 
 
 
-----------------------------
 
Lui: C'est à vous ou à moi ?
Elle: Quoi ?
Lui: Les adjectifs. C'est à moi : ... douce....sucrée...fougueuse... fraiche...
appétissante... brûlante...envoûtante....sauvage...fruitée..corsée…iodée…
mystérieuse…pimentée…étonnante…oui, surtout étonnante.
Elle: Et si vous laissiez un peu de côté les adjectifs Eric, ça donnerait quoi ?
Lui: Ca donnerait des verbes, des verbes d'action. Ou alors du silence.. ça vaudrait
peut être mieux. Je vais être franc, je suis mort de trouille, là.
Elle: Avec tout ce noir, je n'aime pas trop l'idée du silence... Vous me laissez
essayer d'illustrer vos verbes d'action ?
Lui: Allez-y, je vous dirai quand vous ferez une erreur.
Elle: Alors je pense aux verbes: m'approcher... comme ça, vous respirer...
là, vous effleurer...juste un peu là...
Lui: Pas d'erreur pour le moment..
Elle: et puis là aussi... me serrer tout contre vous... profiter de cet instant... j'ai toujours
bon ?
Lui: Un sans faute jusqu'ici. Charlotte, vous êtes meilleure en verbes qu'en adjectifs,
pas de doute..
Elle: A nous deux on a déjà presque ce qu'il faut pour faire des phrases alors !
Et la ponctuation, elle donnerait quoi ?
Lui: Quand je raconterai que j'ai embrassé une prof de français dans un parking
sans lumière, personne va me croire. La ponctuation, oui. C'est ce qui donne le rythme,
c'est bien ça ? Ce qui aide la phrase à respirer.. les points et les virgules. Comme
ponctuation, Charlotte, je vois bien une énorme exclamation, et derrière une gigantesque
interrogation !
Elle: et après l'interrogation, une déception peut-être... J'aimerais suspendre le temps, Eric.
Lui: Ca vous fait ça aussi, l'impression d'un instant magique ? comme une parenthèse ?
Un instant qui risque de s'envoler comme un rêve ?
Elle: Oui, qui disparaîtrait avec le lever du jour.
Lui: Ou bien si la lumière revenait. Ca serait terrible, non ?
Elle: Oui, ne laissons pas quelques néons blafards gâcher tout ça...
Lui: Vous croyez qu'on se reverra ?
Elle: Je ne sais pas, peut-être... mais au fond ça n'est pas l'important... Je sens le point
final approcher Eric, je ne sais pas si j'arriverai à le poser toute seule, vous m'aidez ?
Lui: Pourquoi je ferais ça ? c'est vous qui avez peur, maintenant ?
Elle: Oui, un peu. Vous voyez, pas si sauvage que ça que finalement !
Lui: Alors on reste là, tout prêt, et on ferme les yeux jusqu'à mardi matin. Ca va mieux
 comme ça ?
Elle: Oui, bien mieux.
...
 
Elle: Eric ?
Lui: Charlotte ?
Elle: J'ai faim !
Lui: Il doit me rester une Valda...
 
 
 
Serge Goethals/ Laëtitia Beranger
(c) juillet 2006.
 
 
 
Par Laëtitia BERANGER - Publié dans : Quelques textes
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Dimanche 13 août 2006 7 13 /08 /2006 17:34

Je contemple ma carte d’identité et ce condensé de moi ne m’évoque absolument rien. Je lis le lieu de ma naissance, je me concentre. Je ferme les yeux et j’essaye de visualiser mon quartier, ma rue, ma boulangerie. Rien. J’ai beau me répéter ce nom de ville et son département en boucle, aucune image ne me vient. Bon, passons à ma date de naissance. Est-ce que je me souviens d’avoir fêté mon dernier anniversaire ? Suis-je allée danser ? Est-ce que l’on m’avait gâtée ? Suis-je capable de dire quel était le parfum de mon gâteau ? Non, rien de tout ça, pas plus que d’avoir joué ces numéros au loto. En tous cas, je ne fais pas mon âge. C’est étrange, je fixe mon reflet dans le miroir et je ne me reconnais pas. Est-ce vraiment moi cette femme aux yeux rieurs ? Je ne me sens pourtant pas tellement en joie. Et cette bouche à la moue un peu boudeuse, se souvient-elle des baisers que j’ai donnés ? Parce que moi, je n’en ai plus le goût…

Je reprends ma carte. Il y a une adresse, mais je ne crois pas y vivre. Non, ça n’est pas ma ville. Et ce pays, est-ce le mien ? J’ai comme un doute. Ah si, il correspond à ma nationalité. Cette carte est pourtant bien la mienne, je ressemble à la fille sur la photo. Elle est plus jeune et a les cheveux plus longs, mais je crois bien que c’est la même que là, dans le miroir. Tiens, en parlant de photo, j’avais oublié qu’on m’en a donné une ce matin avec ma pièce d’identité. Je la sors de ma poche et la regarde attentivement. Elle a l’air d’avoir été prise à bout de bras par l’homme qui ri à côté de moi. Comme ils, enfin nous, avons l’air heureux là-dessus. Je porte une fleur à l’oreille et ma peau est toute dorée. Comme j’aimerais savoir s’il s’agit de nos dernières vacances… Et lui, comment est-ce qu’il s’appelle ? Je regarde alors ma main gauche. Tiens, j’ai une alliance ! Si je suis bien mariée, j’espère que c’est avec lui, car le regard qu’il pose sur moi, là sur la photo, est celui d’un homme aimant.  

J'ai mal à la tête, mais je dois continuer. Je regarde autour de moi, il n’y a personne. J’ai un peu peur maintenant. Et puis j’ai soif, comme si j’avais beaucoup parlé. Est-ce que je dis tout haut ce que je pense depuis tout à l’heure ? Qu’importe, de toutes façons je suis seule ici… Tiens, il y a une boîte là bas, sur la table. Je ne l’avais pas vue. Elle est jolie cette boîte, j’aime la couleur, elle me rappelle… Non je ne sais plus. J’hésite un peu, elle ne doit pas m’appartenir. Ah si, c’est rigolo, il y a mon nom à l’intérieur. Là, sous le couvercle, sur une belle étiquette. Est-ce mon écriture ? Sûrement, il faudra que je vérifie.

Il y a plein de choses à l’intérieur. Mes mains s’activent et passent en revue différents objets. J’ai comme une légère sensation de déjà vu. Tandis que je farfouille dans la boîte, mes doigts frôlent une masse pelucheuse. Je sors alors délicatement l’objet et là, surprise. Je le reconnais ! C’est Teddy, mon petit nounours ! Oui Teddy, je suis sure que c’est son nom et je sais même d’où il vient ! Tout se bouscule dans ma tête et des larmes ruissellent sur mes joues, tant l’émotion est forte. Impossible d’arrêter mon cerveau qui s’est remis au travail et recense à vitesse grand V toutes les informations liées à cette peluche. J’avais dix ans et mes parents m’avaient emmenée dans une fête foraine. C’est papa qui avait gagné le nounours pour moi, en tirant à la carabine. Teddy est doux et il sent la vanille, quand je suis triste je le serre contre moi… Vite, qu’y a-t-il d’autre dans la boîte ? Une rose séchée… Quelques instants de doute et la frénésie reprend. Mais bien sûr, il s’agit de ma première Saint Valentin ! J’avais quinze ans et il s’appelait Nicolas. Le sourire se mêle maintenant aux larmes. Je revoie ma robe et ces chaussures qui m’avaient tant fait souffrir. Maman m’accordait se soir là ma première permission de minuit… Je porte la main à mes lèvres, oui, je me souviens comme ces baisers étaient doux.

Dans la boîte ; des cartes postales, un galet rapporté de Bretagne, des paroles de chansons, un plan de paris rapiécé, des tickets de cinéma… Tout me parle, tout a une signification bien particulière. Comme cette photo absurde représentant un trottoir. Et bien je sais qu’elle fait partie d’une collection insolite que j’avais entreprise au lycée. Elle visait à montrer les choses du quotidien comme moi seule les voyais. J’avais réalisé une série de clichés illustrant des parcelles de trottoirs, car les dates gravées sur le bitume avaient pour moi valeur de signatures. Comme si les ouvriers avaient transformé le goudron en œuvres d’arts signées de leur main. Ça peut surprendre, mais voilà comment je voyais la vie à cette époque !

Comme c’est bon de se sentir de nouveau emplie de souvenirs. Ce matin, à mon réveil j’avais l’horrible sensation d’avoir été formatée, qu’on avait effacé toutes mes données… Mais là, je me sens vivre. J’ai connu des gens, j’ai visité plein d’endroits et j’ai ressenti des tas de choses. Tous ces objets le prouvent. Oui, j’existe et je vais le prouver. En attendant qu’on vienne me chercher, je vais encore regarder dans ma boîte, comme ça, j’aurais plein de détails à leur donner et ils verront bien que je suis guérie et que je me souviens… Que je me souviens de moi.

Avant de pénétrer dans la chambre, il marqua un arrêt et observa son épouse assise sur le bord du lit. Un rayon de soleil s’était glissé par la fenêtre et faisait briller ses cheveux. Il s’approcha doucement, il ne voulait pas l’effrayer. Quand elle le vit, un grand sourire éclaira son visage et elle s’empressa de lui raconter tous ses souvenirs retrouvés. Il prit alors délicatement la boîte vide de ses mains et retint ses sanglots pour écouter au mieux les divagations de sa compagne. 

Laëtitia BERANGER

 

Par Laëtitia BERANGER - Publié dans : Quelques textes
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Jeudi 31 août 2006 4 31 /08 /2006 14:16

Seules subsistent les ombres fuyantes de ses passants piégés

Traces d'anciennes festivités, plutôt proprette en apparence

La rue du bazar du bizarre regorge de recoins insoupçonnés

On la pensait moins longue et moins sinueuse

On voyait même de la lumière là, tout au bout

On ne s'était pas méfié, on avait dit : "Je reviendrai"

Mais de cette rue-là, on ne revient pas comme ça

Les autres vous le diront

La rue du bazar du bizarre vous aspire et vous consume

Vous entraîne et vous malmène

Elle s'étire à loisir pour mieux vous dérouter

Loin des itinéraires rodés, des certitudes trop ancrées

La ville se met en pause et regarde les gens passer

Les consciences s'éveillent alors et ouvrent l'oeil à l'invisible

De cette rue-là, on revient transformé.

 

Laëtitia BERANGER

Ecrire à partir d'une photo reste un de mes exercices favoris... Rentrer dans le décor et laisser son imagination se dégourdir les pattes !
Ce texte est inspiré d'une photographie de Thomas BEAUCE que je remercie pour sa précieuse collaboration.
 

Par Laëtitia BERANGER - Publié dans : Quelques textes
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Jeudi 5 octobre 2006 4 05 /10 /2006 09:26

En furetant sur le blog de Karole, j'ai trouvé un article dressant son portrait en tant que lectrice. L'idée m'a plu, je m'y suis donc essayée... Et vous, quel lecteur êtes-vous ?

 

 

Je lis le matin, le midi et le soir.

 

 

Je lis dans mon lit, dans mon bain, sur mon canapé et dans les salles d'attente.

Je lis en marchant, en me lavant les dents ou en faisant la cuisine.

 

J'achète mes livres, je les emprunte, je les prête.

J'en prends soin, je les malmène, je les corne.

 

 

Je les égare, je les retrouve.

 

 

Je les accumule, je les entasse en piles, j'achète des étagères et je les range.

Je les reprends, les regarde, les feuillette.

Je les retrouve en piles au sol.

 

 

Je lis assise, couchée, debout.

 

 

Je lis des heures durant ou à peine le temps d'une station de métro.

Je lis dans le silence ou l'agitation que l'on me respecte ou me bouscule.

 

 

Je lis de tout.

 

 

Je lis pour rire ou pour pleurer.

Parfois, je lis pour ne plus être dans ma vie.

Plus je lis, mieux je m'oublie.

 

Mais je lis aussi pour être avec les gens, pour partager nos avis, nos sentiments.

Je lis dans ma tête et puis tout haut aussi.

Je jongle avec les mots, j'écoute résonner consonnes et voyelles, singulier et pluriel.

 

Je lis pour toutes ces histoires que je ne vivrai pas.

Pour toutes ces rencontres que je ne ferai pas.

 

 

Je lis pour vivre plusieurs fois et pour être plus que moi.

 

 

Laëtitia BERANGER

Par Laëtitia BERANGER - Publié dans : Quelques textes
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