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La rédac' du mois

Mardi 15 juillet 2008 2 15 /07 /2008 12:00
A l'heure où vous lisez ces mots, je sirote une margarita sur une plage de Barcelone... soupir... trop dur la vie... Mais avant de partir en vacances, je n'ai pas oublié de faire mes devoirs ! J'ai découvert "La rédac' du mois" sur le site d'Amanda et comme elle, j'ai eu envie de jouer le jeu. Cela me permet de renouer avec l'écriture sous contrainte qui m'avait amusée en ateliers.


Alors voilà le principe : chaque mois, le même jour, à la même heure, des rédac' blogueurs écrivent un billet sur un sujet commun. Ce mois-ci Laurent, Olivier, Noelia, Bergere, Bertrand, JvH, Hibiscus, Anne, Julien, Chantal, Looange, V à l'ouest, Froggie, Jo Ann v, William, Catie, Nanou, Cecfrombelgium, Julie70, Gazou, BlogBalso, Vladyk, Lydie, Lucile, Optensia, Joël, Linda, Denis, Julie, Le chat qui, Ckankonvaou, Lodi, Mahie, Asibella, Mariuccia, Brigetoun, Amanda, Renée, Mouton, Agnes, Laetitia, 4nn3, MissBrownie, Karmichette, Rikard, planchent sur le sujet "Riche et célèbre" allez aussi voir leur version et bonne lecture !




Riche et  célèbre. Voilà, c’est fait. Je suis une star. Une star de quoi ? De la chanson, du cinéma ? Qu’est-ce qu’on s’en cogne ! J’en ai bavé pour arriver jusqu’ici alors maintenant, ça va briller, croyez-le bien. L’excès va m’aller comme un gant, que la fête commence !

A mes pieds. Tous à mes pieds, je vais adorer ça et vous aussi. Déroulez vite le tapis rouge, j’arrive surplombant la foule, montée sur piédestal talons aiguilles. Je vois les flashs au loin. Drôles d’insectes clignotants, mandibules à l’affût. Ils peuvent venir, je ne les crains pas. Je vais même tout faire pour qu’ils ne me ratent pas. Je suis votre prochaine obsession. Criez mon nom, je vous laisserai lécher et embrasser mes chevilles ! Je vous vois déjà tout tenter pour répondre au moindre de mes caprices, vous battre pour être celui qui aura su me satisfaire. Je vous récompenserai car je compte bien donner de ma personne. Une nouvelle chambre d’hôtel chaque nuit, un autre amant chaque fois dans mon lit. Au diable les petites économies, désormais, je peux tout m’offrir, je veux tout goûter. Le caviar au kilo, les habits haute couture, le champagne au creux des seins du top modèle. L’ivresse à toute heure et sous toutes ses formes.

Riche et célèbre, tout un programme. Ma frimousse à la une des magazines. En déballer toujours plus pour y rester. Je n’ai pas de pudeur, tout est à vendre. De la chair, du scandale, la recette est toute simple. La poussière de fée me donnera la force de continuer. Ma carte platinum dessinera des rails bien parallèles. Renifler fort, tout aspirer pour alimenter ce tourbillon. Faire que ça tourne toujours plus vite, que je n’en finisse pas de m’étourdir. Attraper les mains qui se tendent vers moi. Attirer tous ces corps dans ma danse.

Riche et célèbre, ils vont m’aimer. Et dans leur yeux je vais me plaire. A travers eux, je vais m’aimer. Aimer ce moi, façonné à coup de bistouri et de plaisirs immédiats. Il faudra bien que je l’aime, il m’aura coûté trop cher. Je vais devoir en profiter. Vite. Il ne tiendra pas longtemps.

Riche et célèbre. Ephémère.


Par Laetitia BERANGER - Publié dans : La rédac' du mois
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Vendredi 15 août 2008 5 15 /08 /2008 12:00

Ne comptez pas sur moi pour vous raconter ma première colo ou mes aventures de bord de mer ! Je préfère quitter ma peau et vous livrer l'été de quelqu'un d'autre ;-)


Je vous rappelle le principe : chaque mois, le même jour, à la même heure, des rédac' blogueurs écrivent un billet sur un sujet commun. Ce mois-ci :
Laurent, Noelia, Bergere, Bertrand, JvH, Hibiscus, Anne, Julien, Chantal, Looange, V à l'ouest, Jo Ann v, William, Catie, Nanou, Cecfrombelgium, Julie70, Gazou, BlogBalso, Vladyk, Lydie, Optensia, Joël, Linda, Julie, Le chat qui, Ckankonvaou, Lodi, Mahie, Mariuccia, Brigetoun, Renée, Mouton, Agnes, Laetitia, MissBrownie, Karmichette, Rikard, Dung, Pivoine Merlin, Lune de Pluie, Adelaide, planchent sur le sujet "Mon plus bel été" allez aussi voir leur version et bonne lecture !



 

Encastré à l’arrière de la voiture, le bras sur la glacière et le parasol barrant mes genoux, je suis déjà loin. Mon film se met en place alors que mon père accompagne Yannick Noah et fredonne  Du soleil, comme s’il en pleuvait… J’ai seize ans. Cet été sera mon plus bel été. Les potes sont unanimes Des vacances au camping, la chance, qu’est-ce que tu vas emballer ! Voilà un moment que ça me démange justement, d’emballer. Blondes ou brunes, aucune importance, pourvu qu’elles glissent leur petites mains agiles dans mon pantalon. Au lycée, ça commençait tout juste à mordre. Julie m’avait fait du rentre-dedans en cours de maths mais faute de temps, la chose ne s’était pas concrétisée. Dommage, parce qu’avec sa poussée de croissance des derniers mois, je me serais bien approché un peu plus près de ses nouveaux soutiens gorges. Mais Julie ou une autre, ça n’a plus d’importance. Mathias est parti en camping l’année dernière et il s’est régalé.


Des fesses, des seins défilent par dizaines devant mes yeux. Je veux les saisir, les presser. Quoique rigide, la toile de mon jean ne masquera pas longtemps mon envie grandissante. Je dois me calmer. Me focaliser sur Yannick Noah ! Pour le plus grand plaisir de mes parents, j’ajoute ma voix au refrain, Saga Africa ambiance de la brousse…


Premier jour de plage, verdict immédiat. La baffe. Rapide, puissante, elle m’envoie au tapis. Non pas une main sur ma joue mais de sales petits rires, aigus. Elles se moquent. De ma peau blanche, de mes côtes saillantes et de mon short de bain ringard. Je les vois remuer leur petites bouches roses, se murmurer mon ridicule à l’oreille. L’essaim bourdonne et ça me pique de partout. Puis, c'est le dégoût. Mon corps se fait acide, la bile remplit ma bouche. Il fait chaud. Beaucoup trop chaud.


C’est la nuit. J’ai mal. Je revis la scène en boucle. Elles se trémoussent dans leurs micros maillots. Il me suffirait pourtant de tendre la main mais j’ai beau m’étirer, les ficelles restent hors de ma portée. L’envie se mêle à la colère. C’est de la chaleur qu’elles veulent sur leur peau délicate ? Je devrais pouvoir les satisfaire.


Toujours bien alignées sur leurs serviettes, c’est en version brochettes que je les contemple à présent. Bronzage extrême mesdemoiselles ! Un barbecue d’enfer. Vous prendrez bien quelques feuilles de salade pour accompagner le tout ? Les peaux crépitent, l’odeur des chairs brûlées saisit mes narines, les cheveux sont en cendre, les ongles noirs. Je me sens un peu mieux.


Cet été est fini, gâché. Je me jure que c’est le dernier que je passe dans ce corps de raté. Je serre les poings et les paupières, fort. L’été prochain, je suis un autre. Je suis celui qu’on regarde avec envie. Celui qu’on touche. Celui qu’on aime.


J’ouvre les yeux. Ça sent l’essence.

Par Laetitia BERANGER - Publié dans : La rédac' du mois
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Lundi 15 septembre 2008 1 15 /09 /2008 12:00

Ah ! La Rédac' du mois... L'occasion de me prouver que je suis capable d'écrire sur tout et n'importe quoi ?

Je vous rappelle le principe : chaque mois, le même jour, à la même heure, des rédac' blogueurs écrivent un billet sur un sujet commun. Ce mois-ci : Laurent, Olivier, Noelia, Bergere, Bertrand, JvH, Hibiscus, Anne, Julien, Looange, V à l'ouest, Jo Ann v, William, Catie, Nanou, Julie70, Gazou, BlogBalso, Lydie, Lucile, Optensia, Joël, Linda, Julie, Ckankonvaou, Lodi, Mahie, Brigetoun, Renée, Mouton, Agnes, Laetitia, MissBrownie, Karmichette, Rikard, Dung, Pivoine Merlin, Sandrine, Adelaide planchent sur le sujet "La hausse des prix" allez aussi voir leur version et bonne lecture !




Tous mes articles sont bien alignés sur le tapis. La caissière actionne le mécanisme ; les pâtes, les paquets de mouchoirs, la salade, les Petits Ecoliers avancent au pas. Bip-bip, codes barres, chacun passe de la main droite à la main gauche dans un ballet parfaitement orchestré. Je surprends un claquement de pied derrière moi, il ne bat pas la mesure du bip-bip mais marque déjà son impatience. Ce pied anticipe le retard que je vais immanquablement causer à sa propriétaire. Aller ! Vite, vite, petit robot ; un sac plastique, ranger pêle-mêle les surgelés, les bières de monsieur, les Corn Flakes des enfants, les cotons tiges, le thon (naturel) en boîte. Bip-Bip, je rentre dans la danse, n’ayez crainte madame, j’ai chopé le tempo. La dame en question place en toute hâte la barre en bois qui atteste que les rouleaux de PQ petites fleurs ne sont pas les siens. Je ne mollis pas, mes bras enfournent les produits à la chaîne, ils sont autonomes, débranchés de mon cerveau. Tellement débranchés qu’ils ne réalisent pas que ce pauvre sac ne tiendra jamais le choc avec autant d’articles. Patatra, ça ne loupe pas, le fond s’écroule au moment où je projette le sac dans le caddie. Le temps suspend son vol mais pas le contenu du sac qui se déverse à mes pieds. Le coin en plastique du paquet de jambon (de dinde) accroche mon collant, le kilo de sucre m’éclate le gros orteil. Et c’est à ce moment précis que retentit la douce voix de la caissière : Cent quatre vingt trois euros et dix centimes, vous réglez par carte bancaire ?

 

Je reste interdite tandis que la conserve de petits pois s’éloigne vers un monde meilleur. La caissière enregistre un temps de réaction anormalement long et plante ses deux billes globuleuses dans mes yeux ahuris. Y a un problème, madame ? Je sens poindre l’agacement mais il ne faut pas m’en vouloir, ma mâchoire est disloquée, je ne peux pas répondre. Cent quatre vingt trois euros et dix centimes, comment est-ce possible ? Je n’ai pourtant rien ajouté à la liste, j’ai reposé le rouge à lèvres - dont j’avais très envie – et je suis venue sans les enfants pour éviter les caprices. Cent quatre vingt trois euros et dix centimes. Tagada, tagada, c’est la baisse du pouvoir d’achat ! J’ai cent cinquante euros dans ma poche. Trente trois euros et dix centimes manquants. Il va falloir trancher.


La rumeur disait donc vrai, tout augmente tandis que je dégringole. Les prix grimpent, mon corps s’affaisse. Transformée à mon insu en ménagère de moins de cinquante ans, façon "Combien ça coûte ?". La hausse des prix, la baisse de mon désir. Mon désir d’être. Il doit bien y avoir un moyen de s’arranger. Qui faut-il rejoindre en réserve ? Me mettre à genoux et fermer les yeux pour trente trois euros et dix centimes, est-ce que je saurai faire ? Elle ne peut pas comprendre ça, la jeunette en uniforme Leclerc. C’est de l’instinct maternel, animal, ça vous prend toute entière. On doit être prête à tout pour nourrir son clan, non ? La bonne blague, moi qui n’ai jamais voulu allaiter.


La hausse des prix, le début de la fin. Dans un mois c’est la rentrée des classes. Une de plus. Le papier Clairefontaine, va falloir faire une croix dessus ! Je les vois déjà trépigner, faire des grimaces, non, c’est sûr, ils ne vont pas comprendre. Et la tronche de Jacques à table, soir après soir Encore des patates ? Oui, Jacques a toujours dit Patate alors avec les années, j’ai cessé de suggérer Pomme de terre. Il n’aura qu’à se faire des Nouilles et s’étouffer avec !


La gare SNCF n’est pas bien loin. On va jusqu’où avec cent cinquante euros ? Ailleurs fera très bien l’affaire.

Par Laetitia BERANGER - Publié dans : La rédac' du mois
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Mercredi 15 octobre 2008 3 15 /10 /2008 12:00

Ce mois-ci, je tourne autour de la consigne mais je suis sûre que vous ne m'en tiendrez pas rigueur...


Le principe est toujours le même : chaque mois, le même jour, à la même heure, des rédac' blogueurs écrivent un billet sur un sujet commun. Ce mois-ci :
Laurent, Noelia, Bergere, Bertrand, JvH, Hibiscus, Anne, Julien, Chantal, Looange, Jo Ann v, Cecfrombelgium, Julie70, Gazou, BlogBalso, Lydie, Lucile, Optensia, Joël, Linda, Denis, Julie, Le chat qui, Ckankonvaou, Asibella, Mariuccia, Brigetoun, Renée, Mouton, Agnes, Laetitia, MissBrownie, Karmichette, Rikard, Pivoine Merlin, Sandrine, Adelaide, Andree, Orchidee, Laure, Virginie, A-So,
 planchent sur le sujet "Un dîner en tête à tête" (Si vous pouviez dîner quelques heures avec une personne (de préférence vivante) connue, du monde des arts, du sport, de la politique, ... Qui serait cette personne ? Et surtout... quels sujets aimeriez-vous aborder ?). Allez aussi voir leur version et bonne lecture !





- C'est bien cette chambre pour… dîner.

- Je me suis dit que vous seriez plus à l'aise que dans une salle de restaurant pour répondre à mes questions.

- T’es mignonne, tu penses sérieusement que je vais te répondre ?

- Sinon, vous n'auriez pas accepté mon invitation.

- Chouette couleur cette soupe !

- C'est du gaspacho. J'ai demandé un repas chromatique en votre honneur. Je vous sers un peu de vin ?

- Merci, je vais d'abord finir mon whisky. Alors, c'est quoi le programme ? On voit rouge ce soir, ma jolie ?

- Vous ne croyez pas si bien dire. Pourquoi n'aimez-vous pas les femmes ?
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Vous les assassinez.

- D'accord, j'y suis. En fait, tu es une sorte de psy déguisée en call girl, j’ai bon ?

- Le maître d'hôtel aimerait connaître la cuisson de votre viande. Saignante, j'imagine ?

- Et moi, j’aimerais savoir si tu portes des bas ou des collants.

- Je crains devoir écourter notre soirée si vous n’y mettez pas du vôtre.

- Ok, ok, pose tes questions et ce couteau par la même occasion, tu vas te blesser !

- La précision avec laquelle vous décrivez les meurtres est troublante. Comment connaissez-vous tous ces détails… anatomiques ?

- C’est une tentative désespérée pour me faire dire que j'ai pratiqué tout ce qui se trouve dans mes livres ? Scènes érotiques incluses, cela va sans dire !

- Vous répondez par d’autres questions monsieur l’écrivain. Qu’avez-vous à cacher ?

- Je vais te décevoir mais je ne porte aucun masque, je suis bien le personnage abject que tu soupçonnes.

- Il y a forcément une raison à cela, voyons. Pas d'enfance douloureuse, de chagrin d'amour inconsolé ? Rien, vraiment qui puisse vous sauver ?

- Et non, rien ! On passe au dessert ?

- J'aurais souhaité des fraises mais la saison n'est guère propice…

- Qu'as-tu prévu alors ? Pourquoi m'avoir invité dans cette chambre ? Tu cherches le frisson, c'est ça ? 

- Je cherche des réponses.

- Es-tu prête à donner de ta personne pour les obtenir ? As-tu soigné les détails ? C’est de la lingerie rouge que tu caches là-dessous ?

 

 

 

L'homme n'entendra jamais la réponse. La femme, ouvrira une autre bouteille de whisky et se servira un dernier verre. Sans glaçon et sans arsenic.

 

Par Laetitia BERANGER - Publié dans : La rédac' du mois
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /2009 12:00

J'ai laissé passer quelques sujets... mais celui-ci valait vraiment la peine d'être tenté !


Je vous rappelle le principe : chaque mois, le même jour, à la même heure, des rédac' blogueurs écrivent un billet sur un sujet commun. Ce mois-ci : 1/ckankonvaou;2/Avec nous en Floride...;4/Le blog de Laetitia Beranger;5/Le blog d'Orchidee;6/D'Athènes à Montréal;7/En direct des iles;8/Zürichardie;9/Il était une fois dans le sud...;10/le Denis Blog;11/Le blog de hibiscus;12/tranche de vie;13/Chocobox;14/good.mood;15/mouton.bergerie;16/une parisienne à Athènes;17/Lodi;18/Gazou;19/Sur les traces du chevalier ours;20/Betty looo-les cornus planchent sur le sujet "Remous" allez aussi voir leur version et bonne lecture !




C'est un rituel. Elle se déshabille, boude le grand miroir et entre dans la baignoire à moitié vide. Ou plutôt non, à moitié pleine. Avant toute chose, une grande salle de bain ! Voilà sur quel critère l’agent immobilier avait dû se baser pour lui trouver un appartement. Elle verse un peu plus de liquide moussant, regarde les icebergs se former tout tranquillement autour d'elle. Elle aime bien sentir le niveau de l'eau monter, voir son corps se cacher peu à peu sous la mousse.  Il entre. S'arrête devant le lavabo ; descend sa braguette d'une main, tourne le robinet de l'autre. Ballet synchronisé des deux jets qui cessent simultanément. Il sort sans m'avoir vue, sûrement à cause de la buée sur le miroir qui masque mon reflet.

 

Dans son bain, elle se sent bien. Belle et douce pour elle seule. Puisqu’on ne semble pas la voir, elle décide de s'immerger pour de bon, disparaître le temps d'une apnée. Laisser l'eau s'infiltrer dans ses oreilles ; s'installer dans ce cocon, au creux d'elle-même. La mousse occulte complètement son corps. Sa présence n'est trahie que par ces quelques bulles qui s'échappent de son nez, de sa bouche. Les mains ont glissé sur le dessus de mes pieds puis enserré mes chevilles. Elles recueillent à présent chaque talon dans leur paume et commencent à les masser. Elles remontent ensuite le long de mes jambes, accentuent la pression, sortent les griffes. Quand elle refait surface, l'Apollon au bout de sa baignoire est à nouveau de marbre.

 

Elle souffle sur la mousse, dessine sur sa peau de la dentelle fine. Le charme opère : l'eau chaude détend sa nuque, ses épaules. Ils font irruption dans la salle de bain. L'un plonge la tête de l'autre dans les toilettes. Celui qui se noie dit qu'il ne sait rien. Celui qui lui maintient la tête dans la cuvette n'a vraiment pas de temps à perdre. Il empoigne le corps de l'autre et le propulse sur le carrelage. Une longue glissade... je tends l'oreille... et c'est un strike ! Elle se demande si un homme comme lui serait d’accord pour l’accompagner dans ce club rue des Martyrs.

 

Une petite musique lui trotte dans la tête mais les paroles résistent. Ses cheveux lui collent au visage, elle a chaud. La vapeur a envahi la pièce. C'est Bashung qui lui susurre que « madame rêve… d'atomiseurs Et de cylindres si longs Qu'ils sont les seuls Qui la remplissent de bonheur… Rêve d'archipels De vagues perpétuelles Sismiques et sensuelles… D'un amour qui la flingue D'une fusée qui l'épingle Au ciel Au ciel… »

 

Alors, elle s'enfonce un peu plus dans l'eau et du bout du doigt, actionne le bouton déclencheur de remous.

Par Laetitia BERANGER - Publié dans : La rédac' du mois
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