Merlin tout contre Marilou

Publié le par Laetitia BERANGER

Depuis quelques temps, je joue chaque semaine sur le site de Télérama et je gagne plein d'invitations... Voilà qui devrait m'aider à réguler mon budget théâtre ! A quelques jours d'intervalle, Télérama m'offrait donc deux spectacles faisant parler les corps...


MERLIN OU LA TERRE DEVASTEE

au Théâtre de la Colline

jusqu'au 19 décembre 2009


De Tankred Dorst - avec la collaboration de Ursula Ehler

Création du collectif Les Possédés - dirigée par Rodolphe Dana

Avec Simon Bakhouche, Laurent Bellambe, Julien Chavrial, David Clavel, Rodolphe Dana, Françoise Gazio, Katja Hunsinger, Antoine Kahan, Nadir Legrand, Gilles Ostrowsky, Christophe Paou, Marie-Hélène Roig.

 

 "C’est à la fin des années 70 que Tankred Dorst, né en 1925, écrit Merlin, son oeuvre monumentale. Il y raconte une histoire de notre temps : l’échec des utopies, dans un monde qu’il compare à une terre dévastée. Tel Merlin, fils du Diable et meneur du jeu, qui connaît le passé et l’avenir, il se joue du temps et de la forme, et rapporte le mythe de la Table Ronde à une dimension humaine. Les héros se trompent, doutent, aiment, trahissent. Et lorsqu’il faut arrêter la guerre et partir à la quête du Graal, certains délaissent leurs rêves héroïques et s’emparent du pouvoir pour l’argent, le prestige et les femmes. Les acteurs du collectif Les Possédés, ont créé depuis 2002 de très fortes rencontres avec le public par le partage d’une parole intime — d’Oncle Vania de Tchekhov aux pièces de Lagarce, Le Pays lointain et Derniers remords avant l’oubli. Avec Merlin, il s’agit d’en venir à un théâtre plus physique, où les corps échappent à la raison et se font l’expression de toutes les pulsions. Ils veulent confronter le naturel de leur théâtre à la flamboyance du conte. Sans rien perdre de la puissance joyeuse de l’épopée, ils exploreront le juste écart de jeu qui sépare l’acteur du héros, le héros de l’humain."

 

Photo © Elisabeth Carecchio


Comme le placement était libre, j'avais prudemment jeté mon dévolu sur un bout de rangée... mais je n'ai pas eu à m'éclipser car les 3h30 de spectacle m'ont enchantée ! Les "Possédés" sont une bande de sales gosses qui revisitent les légendes Arthuriennes avec une jubilation évidente ; les chevaliers sont en jupes plissées et Perceval déambule en slip. Tous les trucages sont apparents, cela fait partie intégrante du comique des situations : Excalibur est plantée dans un bloc de polystyrène et lorsque la bataille fait rage, chacun prend bien soin de se barbouiller de faux sang avant de rejoindre l'action !  On joue à faire semblant et le public devient complice de ce "jeu" qui retrouve ici son sens premier. Mais il ne faudrait pas réduire cette pièce à un registre potache, l'émotion est aussi présente : la cruauté de Mordret, le bûcher menaçant Guenièvre, les conversations entre Merlin et son diabolique géniteur... Un grand moment également, la scène de l'orgie fantasmée par Gauvain. C'est Gilles Ostrowsky qui réalise cette performance et  j'ai rarement vu un visage -et un corps- aussi expressif ! Une excellente soirée donc et la découverte d'une troupe dont je guetterai les prochaines apparitions...



L'HOMME A TETE DE CHOU

au Théâtre du Rond-Point

jusqu'au 19 décembre 2009


Chorégraphie Jean-Claude Gallotta

Paroles et musiques originales Serge Gainsbourg

Dans une version enregistrée pour ce spectacle Alain Bashung

Avec Adrien Boissonnet, Sylvain Decloitre, Nicolas Diguet, Hajiba Fahmy, Ximena Figueroa, Marie Fonte, Ibrahim Guétissi, Benjamin Houal, Yannick Hugron, Cécile Renard, Eléa Robin, Thierry Verger, Loriane Wagner, Béatrice Warrand.

 

"Il lui fallait les discothèques/Et bouffer au Kangourou/ Club alors je signais des chèques/Sans provision j’étais fou/Je suis l’homme à tête de chou/Moitié légume moitié mec. Qui d’autre que Serge Gainsbourg pouvait imaginer pareille histoire et la développer sur toute la durée d’un album ? Interné dans une clinique psychiatrique, l’homme en question y ressasse son aventure fatale avec la belle Marilou pour laquelle il a claqué tout son fric et même plus, avant de la démolir dans un accès de folie à coups d’extincteur. Sorti en 1976, ce disque d’anthologie qui ne rencontra pas immédiatement le succès devient aujourd’hui une oeuvre scénique. Jean-Claude Gallotta lui rend hommage avec cette chorégraphie conçue autour d’une version nouvelle enregistrée par Alain Bashung. Il développe autour de cette histoire d’amour et de mort, à la fois sensuelle et ironique, amère et hallucinée, une chorégraphie envoûtante." 

 

Photo © Brigitte Enguerand

 

Sur la scène, une chaise à roulette. Vide. Les danseurs arrivent les uns après les autres et saluent chacun à leur manière l'absent... Celui qui aurait dû  être installé là, c'est Bashung. Son absence pèsera tout au long du spectacle car la chaise vide restera le personnage principal de cette représentation. Autour d'elle dansent, démultipliés, des Marilous et des Hommes à têtes de choux incarnant ce couple tempétueux. Les chorégraphies sont d'une inventivité et surtout d'une sensualité incroyable mais ne traversent jamais la frontière du vulgaire. A l'image des chansons de Gainsbourg : du cru oui mais transcendé, poétisé ! Quand Marilou est surprise nue entre deux hommes, l'image d'une guitare rock à deux jacks est glissée par Gainsbarre... Les Marilous délurées attrapent les hommes par la braguette pour mieux les faire tournoyer tandis que l'homme à tête de chou crève de jalousie et alimente sa folie... J'ai aimé les arrangements électro et l'interprétation de Bashung mais je préfère la version originale que je me passe en boucle depuis... Mentions spéciales pour ces deux titres :

Variations sur Marilou
"Dans son regard absent Et son iris absinthe Tandis que Marilou s'amuse à faire des vol Utes de sèches au menthol Entre deux bulles de comic-strip Tout en jouant avec le zip De ses Levi's Je lis le vice Et je pense à Caroll Lewis."

Marilou sous la neige
"Oh ma Lou il fallait que j'abrège Ton existence c'est ainsi Que Marilou s'endort sous la neige Carbonique de l'extincteur d'incendie".

Publié dans Les mots en scène

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Commenter cet article

kilucru 02/04/2010 22:52



Gainsbourg s'écoute, Gainsbourg se lit et enfin Gainsbourg se danse ! Une chorégraphie épurée en noir et blanc où les danseurs glissent avec plaisir et désir. Je t'accroche, te retiens , te
repousse . la voix de Bashung peut etre un chouia plus apre que celle du grand Serge, sensuelle car torturée entre toutes !


Un merveilleux moment !


Que l'on complétera évidemment en réécoutant l'album original ...le doublant d'un petit " Melody Nelson".."ha melody tu m'en auras fait faire des conneries.."



Theoma 01/01/2010 17:10


Gainsbourg m'accompagne depuis des années. Merci pour avoir retranscrit ce spectacle que j'aimerais bcp voir !


Lucile 16/12/2009 12:52


Tant mieux, alors! Je ne porte pas de jugement sur ceux qui y vont et aiment, vu que je ne connais pas du tout, simplement ça ne me tente pas. :) Enfin, la question d'aller le voir ou pas ne se
pose pas de toute façon...


Lucile 14/12/2009 23:34


Bah, l'histoire a l'air bien glauque, et je ne sais pas comment je réagirais à voir danser des personnes à moitié nues... Et non, je ne connais pas l'album. Pas encore! ;-)


Laetitia BERANGER 16/12/2009 10:52


@Lucile : C'est pas glauque, c'est passionnel ;-) Et puis, les danseurs ne sont pas en permanence dénudés mais le texte s'y prête, disons que ça fait sens. On est bien loin du cliché art
contemporain où montrer un corps nu est devenu une pose, une manie (ce qui ne choque plus personne aujourd'hui !). Ici, il est trop affaire de charnel, il me semble que masquer les corps
reviendrait carrément à éviter le sujet principal !


Yohan 14/12/2009 16:20


Pour la peine, j'ai gagné au jeu chez Emmyne ! C'est déjà cela de pris ;-)