Le ruban blanc - Haneke (DVD)

Publié le par Laetitia BERANGER

Lorsque PriceMinister m’a proposé de recevoir le DVD d’un film ayant précédemment obtenu la Palme D’Or, j’ai immédiatement eu envie de revoir Le ruban blanc. Je me souviens encore très bien des génériques de début et de fin parfaitement silencieux et de l’atmosphère pesante qui régnait dans la salle de cinéma lorsque je l’avais vu… A l’époque, je ne connaissais pas du tout le travail d’Haneke (j’ai depuis vu et beaucoup aimé La pianiste et prévois de visionner prochainement Caché). Je savais simplement que le réalisateur n’avait pas la réputation d’offrir du divertissement à ses spectateurs et qu’il ne s’agirait pas d’une partie de plaisir !

 

L’histoire peut effectivement paraître peu avenante, un village protestant de l’Allemagne du Nord peu de temps avant la première guerre mondiale, des familles austères dirigées de mains de fer par des pères rigoristes, un rythme lent et pour couronner le tout, du noir et blanc ! Et pourtant…

 

Je viens de passer une partie de mon dimanche après-midi, volets tirés, les yeux rivés sur ces images contrastées qui m’avaient tant marquée. Je n’étais pas certaine de retrouver en DVD, les émotions qui m’avaient saisie la première fois… Et bien si, le magnétisme a de nouveau opéré !

 

Le film s’ouvre sur l’image (agrémentée de la voix-off de l’instituteur), de l’accident à cheval du médecin. Un câble tendu en travers de son chemin habituel est pour l’instant le seul coupable que l’on peut désigner… Mais bientôt d’autres crimes se perpétuent ; des agressions, un incendie, on va même jusqu’à décapiter les choux du baron ! En regard des évènements qui agitent le village, la caméra d’Haneke nous fait pénétrer à l’intérieur des maisons. Là, le contraste saisit : la blancheur des paysages extérieurs contre la noirceur des foyers, le malaise n’en finit pas de s’installer…

 

Si les images en noir et blanc sont de toute beauté, le plus impressionnant reste pour moi le visage des enfants, mâchoires serrées, regards fermés ; quels horribles secrets peuvent-il bien garder ainsi, verrouillés ?

 

Le tour de force à mes yeux, se trouve réellement dans cette manière de suggérer la violence. Si elle est en effet, très peu montrée, on sait rapidement que les châtiments corporels sont de rigueur dans ces familles mais il nous faut les imaginer porte fermée… Quelques indices nous font entrevoir le pire comme cette question anodine  -Quel âge as-tu ?-posée régulièrement par les hommes aux jeunes filles du village.


L'ensemble est vous l’aurez compris, éprouvant mais le film comporte aussi quelques passages d'une infinie tendresse, comme lorsque le petit garçon offre son oiseau à son père pour le réconforter. Ce dernier attendra que la porte soit refermée pour laisser paraître son émotion. Il y a donc bien de l’amour chez cet homme, impossible alors de comprendre les raisons d'une telle  sévérité à l'encontre de sa famille (car si les enfants sont maltraités, les femmes ne sont pas en reste).
Autre moment extrêmement touchant, lorsqu’un autre petit garçon apprend de sa grande sœur ce qu’est la mort. Les paroles comme les silences,  sont d’une grande vérité… Chose étonnante, j'ai pour la première fois, trouvé la langue allemande très agréable à écouter. Les dialogues brisent souvent le silence effroyable des maisons, c'est peut-être pour cela que leur sonorité m'a particulièrement frappée.

 

Aujourd’hui encore, le silence du générique final m’a permis de prolonger mes réflexions sur la fin assez ouverte qui nous est proposée. Et si je ferme les yeux, je vois encore les visages de ces enfants et leurs bouches qui jusqu’au bout sera restée fermée…

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Thomas Grascoeur 21/07/2011 13:00



Un film incroyable