Lectures septembre 2009

Publié le par Laetitia BERANGER

La sorcière - Marie NDIAYE

Une lecture très plaisante, l'auteur porte un regard merveilleusement décalé sur ses personnages et les situations qu'elle leur fait vivre. Dans un style beaucoup plus épuré que le "Coeur cousu" -qui reste pour moi une référence- cette histoire traite également de la transmission mère/filles et accessoirement, du rapport que l'on peut entretenir avec ses dons -plus ou moins probants- de sorcières !



"Lucie n'est pas une sorcière talentueuse. Ses deux filles, elles, se révèlent extrêmement douées, au-delà des prétentions et des espoirs de Lucie qui n'aspirait qu'à en faire des sorcières efficaces. Quant à la mère de Lucie, son génie est absolu. Mais qui sont les corneilles ? Est-on plus libre, de prendre la place des oiseaux, leur forme et leur aspect, et d'imiter leur cri ?"



La seiche - Maryline DESBIOLLES


Pas de doute, Maryline DESBIOLLES est une vraie belle découverte pour moi. Je suis très sensible à son écriture et de nombreux passages de la "Seiche" m'ont touchée comme si elle les avait écrits pour moi ! La narration fait alterner les étapes de la recette et la remontée des souvenirs, procédé étonnant et ingénieux.



"Une femme seule prépare des seiches farcies pour ses invités du soir. Et cuisiner, c'est tout un art. L'art de recevoir, d'offrir, de se mettre en scène et de séduire. Cuisiner c'est sentir, toucher, goûter. Et c'est aussi se plonger dans ses souvenirs d'enfance, ses désirs ou ses peurs... La nostalgie a parfois un goût d'huile d'olive et de confiture de tomates vertes. Un récit pur et poétique, qui se savoure tout doucement."


L'art Poétic' - Olivier CADIOT

Page 57, je comprends que je ne pourrais pas le lire si je ne chausse pas mes bottes de sept lieues ! J'ai donc fait des bonds de géante mais je l'ai néanmoins traversé jusqu'au bout. Véritable halte avec la "dame du lac" sorte de fantaisie visuelle sur partitions et "poèmes à forme fixe" où j'ai aimé visualiser des images dans le carré gris prévu -ou pas ?!- à cet effet. "L'art poétic" est à mon sens, une oeuvre littéraire abstraite :  il manque des mots, on joue avec les espaces, la conjugaison des verbes est parfois à la charge du lecteur... Je reste dubitative mais tout de même satisfaite d'avoir découvert un tel objet poétique non identifiable !



"'L' Art Poetic' est un recueil de poèmes 'en série qualifiée', sorte de mise en vers de la grammaire du 'bon usage'. Olivier Cadiot s'appuie sur un système de répétition détournée du mot qui prend tour à tour toutes les formes que la syntaxe et le sens veulent bien lui donner. Et des détours par la langue latine, l'Angleterre, la musique."



Paris Brest - Tanguy VIEL

Au début, je me suis dit que j'allais moins l'aimer qu'"Insoupçonnable", la première partie me laissait présager une histoire de famille pas si folichonne mais la suite m'a donnée tord ! Je suis décidément très cliente du phrasé efficace de Tanguy Viel, des ambiances qu'il sait installer et de sa manière de ne pas épargner ses personnages.  (Merci Yohan pour le prêt !)



"Il est évident que la fortune pour le moins tardive de ma grand-mère a joué un rôle important dans cette histoire. Sans tout cet argent, mes parents ne seraient jamais revenus s'installer dans le Finistère. Et moi-même sans doute, je n'aurais jamais quitté Brest pour habiter Paris. Mais le vrai problème est encore ailleurs, quand il a fallu revenir des années plus tard et faire le trajet dans l'autre sens, de Paris vers Brest. "


Hors Champ - Sylvie GERMAIN

Même si le "Livre des nuits" m'avait donné du fil à retordre, j'avais gardé en mémoire, un style élaboré et un univers foisonnant d'invention et de poésie. J'ai vécu une toute autre expérience avec "Hors champ" et ne me suis pas encore remise de ma déception (surtout que d'autres livres de Sylvie Germain m'attendent sagement à la maison !). L'histoire en elle-même aurait pu m'intéresser mais la narration m'a semblée tellement ratée que je n'ai pris aucun plaisir à cette lecture. On nous révèle dans la 4ème de couverture que le personnage disparait mais il faudrait garder une crédulité totale face à ses transformations ? Le texte est ainsi truffé d'allusions balourdes du genre : Tiens, on dirait que je deviens tout flou, qu'est-ce qu'il m'arrive ? ou Oh la la, les gens n'arrêtent pas de me rentrer dedans ! ou encore Tiens, c'est bizarre ma fiancée semble avoir complètement oublié mon existence !. Que dire de plus...



"En une semaine, Aurélien, un homme ordinaire, va progressivement disparaître. Il est de plus en plus hors champ, perdant jusqu'à sa voix, son odeur et son ombre. Au fur et à mesure de cette genèse à rebours, il sort aussi de la pensée et de la mémoire des autres, même de ses proches. Cet effacement intensif s'opère au grand jour, dans l'agitation de la ville, à l'aune de tous ces naufragés qu'on ne regarde plus et qui ne comptent pour personne."


Ce qui arriva quand Nora quitta son mari - Elfriede JELINEK

Je travaille la "Maison de poupée" d'Ibsen en cours de théâtre cette année, j'étais donc curieuse de lire la version revue et corrigée de la sulfureuse Jelinek ! Je ne crois pas que cette lecture m'aura permis de mieux appréhender le personnage de Nora mais j'ai néanmoins pris plaisir à découvrir la face cachée de certains personnages !



"Je ne suis pas une femme abandonnée par son mari. je suis une femme qui est partie d'elle-même. Automatiquement. Ce qui est plus rare. je suis Nora, la Nora de la pièce d'Ibsen. Pour l'instant, je me réfugie dans un métier pour fuir un état d'âme confus."


Les petits chevaux de Tarquinia - Marguerite DURAS

J'ai pris une grande décision : cesser d'économiser les Duras ! Après tout, quand je les aurai tous lus, je pourrai encore relire mes préférés (je picore d'ailleurs très souvent "C'est tout"). Je sais maintenant que les livres de Duras qui me touchent le plus sont ceux qui racontent le moins. Ceux dont la langue m'atteint directement avant même de me transmettre une histoire. "Les petits chevaux de Tarquinia" n'entrent pas dans cette catégorie mais j'ai néanmoins passé un délicieux moment... à manger des pâtes aux vongoles et boire des bitter campari ! (Clin d'oeil tout spécial à mon vrai faux tonton Serge).



"Il n'y a pas de vacances à l'amour, dit-il, ça n'existe pas. L'amour, il faut le vivre complètement avec son ennui et tout, il n'y a pas de vacances possibles à ça. Il parlait sans la regarder, face au fleuve. * Et c'est ça l'amour. S'y soustraire, on ne peut pas."

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Lucile 18/11/2009 12:52


Figure-toi que ton conseil sur le Desbiolles m'a orientée lors de ma dernière sortie à la bibliothèque : j'ai pris Les draps du peintre (faute de La Seiche). On verra bien, je
viens de le commencer!


virginie 05/10/2009 21:37


Les petits chevaux de Tarquinia fait partie de mes préférés.


Laetitia BERANGER 07/10/2009 16:36


@Virginie : Ah oui ? Il faudra que l'on compare nos lectures durassiennes :-)