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Lundi 31 août 2009 1 31 /08 /2009 09:28

La mauvaise rencontre - Philippe GRIMBERT

«Démesurément allongée par la lumière de ma lampe de bureau, l’ombre de ma main tremble sur le mur. Et une dernière question se précipite : qui de nous deux a fait la mauvaise rencontre ?». Ces deux phrases m'ont immédiatement donné envie de relire Grimbert. Là aussi, il y a un secret mais surtout une histoire d'amitié exclusive (excessive ?) qui m'a beaucoup touchée.

La mauvaise rencontre

"Loup, le narrateur de La Mauvaise rencontre, va connaître ses premiers émois et ses premiers deuils aux côtés des trois personnages à qui ce livre est dédié : la tendre Nina et la fantasque Gaby, les " deux " mères qu'il s'est choisies, et Mando, l'ami de cœur, avec qui, depuis la petite enfance, il a tout partagé. (...) La révélation des abîmes que cette amitié recouvrait fera vaciller son existence. Il connaîtra la blessure inguérissable des promesses non tenues : cette lourde chaîne qui, à jamais, nous attache à nos fantômes."


Au bon roman - Laurence COSSE

Régulièrement, j'ai envie de livres qui parlent de livres ! Dans cette catégorie, "Au bon roman" est sans doute celui qui m'a procuré le plus de plaisir. La création de cette librairie idéale, les personnages exprimant leur passion pour la littérature, les nombreuses références (voir
Ici la liste des ouvrages cités dans le roman) et puis, un passage en particulier qui a momentanément mis en pause le monde autour de moi. A mon sens, il ne faut pas aborder ce roman comme un policier mais bien comme une immense déclaration d'amour faite à la lecture et à tout ce qu'elle peut apporter dans nos vies.

Au bon roman

"Un fou de Stendhal et franc misanthrope, reclus dans un hameau de Savoie, est abandonné en forêt par des individus qui l'y ont amené de force en pleine nuit. Une très jolie blonde rôdée à la conduite automobile quitte brusquement une route qu'elle connaît comme sa poche. Un Breton sans histoire, habitué à faire chaque matin la même promenade au bord d'une falaise, trouve sur son chemin deux inconnus qui ont tout l'air de l'y attendre. Mais le lecteur comprend bientôt qu'on n'est pas dans un roman policier classique. Les agresseurs ne sont ni des agents secrets ni des trafiquants. Ils ne s'attaquent pas à des durs mais à des tendres, un ancien routard devenu libraire, une mécène mélancolique, et à une entreprise dont aucun des deux n'avait imaginé qu'elle pourrait fâcher.
Qui, parmi les passionnés de roman, n'a rêvé un jour que s'ouvre la librairie idéale ? Non pas ce qu'on appelle une bonne librairie, où l'on trouve de bons romans, mais une librairie vouée au roman où ne sont proposés que des chefs-d'oeuvre ? En se lançant dans l'aventure, Ivan et Francesca se doutaient bien que l'affaire ne serait pas simple. Comment, sur quels critères, allaient-ils faire le choix des livres retenus ? Parviendraient-ils un jour à l'équilibre financier ? Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'était le succès."


Anchise - Maryline DESBIOLLES

Le style de Maryline Desbiolles m'a vraiment séduite. Son écriture passe par le corps, ses mots racontent l'absence, la perte. J'ai ressenti tout ça, très fort. Anchise se souvient de sa jeune et belle épouse "la Blanche" ; de très beaux moments, ciselés.



"Au bord d'une route qui mène au col de Nice, une poignée de maisons dresse timidement ses murs sous le poids des ans. La mer n'est pas loin. Il est cependant quelques personnes, accrochées à cette campagne, qui ne l'ont jamais vue. Trois vieillards étirent là leur grand âge, avec leurs manies, leurs échecs, leurs souvenirs de plus en plus incertains, vagues et chaotiques. Parmi ces vieux campagnards, Anchise, veuf, refermé sur lui-même, reste habité par la grâce d'un souvenir, celui de son grand amour, Blanche, sa jeune femme à la magnifique chevelure blonde qui illuminait sa vie. Blanche, dont personne ne se souvient sinon lui. Blanche, disparue cependant qu'il était à la guerre, retrouvée l'espace d'un temps dans la blondeur des essaims d'abeilles. Comme les autres vieillards, Anchise ne vit plus qu'au passé. Mais Anchise ne vit plus qu'au passé depuis longtemps déjà."


La sagesse d'une femme de radio - KRISS

Pas de Crumble sur Inter pendant l'été... Alors je suis allée retrouver l'espièglerie de Kriss dans ce livre et son engouement pour les rencontres, sa manière d'amener les gens à parler d'eux sans qu'ils s'en rendent compte. De très belles pages sur les voix qu'elle a rencontrées et sur ses débuts radiophoniques, le montage à l'ancienne avec les bandes qu'il fallait découper et scotcher (fermer les yeux pour vérifier le raccord, garder autour du cou les moments que l'on préfère et que l'on intègrera ensuite). Vivement le retour de sa voix malicieuse dans mes podcasts !

La sagesse d'une femme de radio

"Dans deux minutes, l'antenne. Moment délicat où l'invité se décompose. Ses mains tremblent. Le faire rire. Où ai-je mis ma fiche ? Le distraire. Lui dire deux mots pour qu'il sente que j'ai compris ce qu'il vient défendre. Tenter une question comme on trempe un orteil dans la mer. Faire une gaffe, renverser mon verre, bafouiller, qu'il sache que c'est permis. Essais de voix. je mets mon casque. Mon casque c'est ma maison, mon cocon. J'écoute fort, à l'intérieur du son. J'entends les fêlures de sa voix, son souffle. Tout s'entend, la voix mouillée, la voix qui tremble, celle qui sourit, qui réclame. Les plaintes les plus lointaines sont inscrites dans la voix et les rires de l'enfance. Toutes ces voix qui s'envolent, invisibles et réelles. Est-ce bien raisonnable de déranger un satellite pour nos élucubrations ? Surtout ne jamais se poser cette question avant une émission."


Voix - Linda LE

Les voix dont parle Linda LE sont nettement moins sympathiques que celles évoquées par Kriss. Un monologue intérieur brut, sec. Des voix qui la contraignent, un système dont elle est prisonnière. Et ces paroles lancinantes : Sidonie a plus d'un amant (déjà croisées, il me semble chez Chloé Delaume, dans "Certainement pas" ?). Une forme déroutante qui m'aurait sûrement déconcertée sur la longueur mais le format permet ici de tout lire d'une traite, je me suis donc glissée parmi les voix et n'ai repris mon souffle qu'à la toute fin.

Voix

"Ce texte très court raconte une crise, comme une suite de cauchemars qui hantent les nuits sans fin. L'auteur a fait une grave dépression. Cette fois-ci, ce n'est pas un récit transposé à la première personne, mais une expérience vécue et décrite durement et sans fioritures. Elle décrit la folie de l'intérieur, la surmonte peu à peu et la surpasse grâce à son talent d'écrivain."


Rose poussière - Jean-Jacques SCHUHL


Là aussi, la forme surprend mais d'une autre manière. Si le propos ne m'a que très peu accrochée, le dispositif fractionné lui, m'a vraiment plu. Provocant de-ci de-là, une fulgurance (dialogues de films, jeux des sept erreurs, paroles de chanson, etc..). Ah bon ? C'est possible de construire un livre ainsi, vraiment ?! (Il aura tout de même fallu que je le fasse sortir de la réserve centrale des bibliothèques de Paris !) Je découvre grâce à
une liste parue sur le site de Chloé Delaume (note 243) des procédés de narration dont je n'avais pas idée et cela ouvre sacrément mon champ des possibles...

Rose poussière

"De gauche à droite, ainsi que sur une photographie, on reconnaît dans ce livre des morceaux de personnages célèbres mais qui, en fin de compte, ne sont là que pour contribuer à n'en faire qu'un - ou trois milliards - l'homme interchangeable et sans nom, comme dans un photomontage ou un portrait-robot : Mao, Marlene, Oulianov, les Rolling Stones, Ava Gardner, Marlon Brando, Weidman, Stan Laurel. De pied en cap, cet homme interchangeable et synthétique porte les signes du temps : lunettes fumées, fils électriques, boots, fards, foulards, chants, accessoires détournés ou décalés, et surtout sa mort électronique et industrielle avec son maquillage, sa toilette, sa douceur, sa précision anonyme : rien de tel que des pièces (et des phrases) rapportées pour aussitôt se décomposer au ralenti et en silence. De part en part, ce montage-démontage sur l'impersonnalité tourne autour de ces « éléments étranges qui ne cessent pas d'entraîner la vie humaine vers une région blafarde », zone commune (fosse commune) où n'ont plus cours les valeurs de culture, d'intelligence, de style ni de personne humaine, chaque chose n'étant plus là que pour soi, c'est-à-dire pour rien. De cette zone innommable, il n'est aujourd'hui, pour nous en donner un aperçu, que les déchets et pourritures en tous genres."


La pianiste - Elfriede JELINEK

Je n'ai pas vu le film d'Haneke parce qu'à l'époque, je ne voulais pas entendre parler d'Isabelle Huppert. Comme Jelinek apparaissait également dans la liste de Chloé, j'ai choisi celui-ci pour commencer et je ne regrette pas l'expérience même si elle n'a pas été de tout repos ! Je crois qu'un certain nombre de scènes m'ont été supportables parce que je les savais sorties de l'imagination d'une femme. Cela n'enlève pourtant rien à leur violence, leur perversité mais le fait est que j'ai dévoré ce roman. Le triangle formé par les personnages de la mère, d'Erika et de son élève est d'une complexité psychologique vraiment singulière. Une histoire dérangeante, diablement maîtrisée.

La pianiste

"Elle ne boit pas, ne fume pas, couche encore à 36 ans dans le lit maternel et aime bien rester chez elle. Chaque fois que ses horaires de professeur de piano au conservatoire de Vienne le lui permettent, elle se plaît à fréquenter les cinémas pornos, les peep-shows et les fourrés du Prater. Et quand un de ses étudiants tombe amoureux d'elle, Erika Kohut ne sait lui offrir en échange qu'un scénario éculé, propre à redorer la vieille relation du maître et de l'esclave."

Par Laetitia BERANGER - Publié dans : Partager mes lectures - Communauté : Interlignes
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