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Mardi 4 août 2009 2 04 /08 /2009 17:26


Les juins ont tous la même peau - Chloé DELAUME

Je voulais faire découvrir Chloé Delaume à ma cops Lucile et ce jour-là, "Le cri du sablier" n'était pas en rayon alors j'ai pris le prochain que je comptais lire moi-même et je dois l'avouer... c'est très mal... mais je n'ai pas pu m'empêcher de le lire quelques heures avant de lui offrir !  Non seulement, Lucile est une fille compréhensive mais en plus, elle a aimé mon cadeau :-) Elle explique ici très bien tout ce qui fait la saveur du style de Chloé Delaume et donne son avis sur le livre.

Moi, j'ai toujours autant de mal à expliquer ce qui me transporte tant dans cette littérature, si ce n'est à l'évidence, la musique si singulière des mots.  Lucile fait un parallèle avec Duras, elle a raison, je vis ici le même genre d'expérience : celle des mots perçus par le corps. Des mots qui demandent à être prononcés, d'appréhender leur consistance sur la langue. Cette résonnance, un frisson. Une affaire de perception que j'explique mal. Du sensible au premier sens du terme. Quant à Vian, c'est il me semble, le début d'une grande histoire...

Les Juins ont tous la même peau, rapport sur Boris Vian

"Je ne sais pas parler aux morts. Enfin, aux morts que je ne connais pas, que je n'ai jamais connu, que je ne pourrais jamais connaître. Parler aux anciens morts tous proches minaudant déjà loin, je sais. Autant qu'aux déjà presque morts. Mais aux corps étrangers, à ces osso-buco filandreux génétiques, à ceux qui ne m'ont jamais parlé, jamais parlé à moi, au moins une fois à moi toute seule. Là c'est une autre histoire. Je ne sais plus rien du tout. Comment on parle à ces morts-là. Quel ton on se doit d'employer. Sur les cordes vocales amorcer si mineur aigues charmilles, ou plutôt fa profond, le dièse de la distance fourbu de violacé. Je n'en sais rien du tout. Adopter quoi, le vouvoiement le tutoiement. Lino marbré troisième personne du singulier majuscule à pompons, ou le i creusé, au contraire. Personne ne sait. Comment on parle à ces morts-là. Personne n'ose forcer la serrure, en tout cas pas officiellement. Alors un mort comme celui-là, comme non mort, mon mort principal, je dois m'y prendre comment avec. Comment avec un mort qui ne m'a jamais parlé et qui pourtant m'a dit. Il ne m'a jamais fait que cela, rien d'autre de visible à l'œil nu. Comment parler à ce mort-là, c'est une question, je me demande. Peut-être que. Je ferais mieux de la fermer, ça réglerait bien des problèmes."


L'écume des jours - Boris VIAN

Tout mon entourage - ou presque - a lu ce livre à l'adolescence. Hélas, à cette période moi, je lisais Stephen King (que je ne renie pas pour autant !). Il était donc grand temps de réparer cet oubli et grâce à Chloé, c'est chose faite ! Je suis déjà convaincue qu'il fera partie de ceux que je relirai car j'ai la sensation que chaque incursion dans ce monde-là restera surprenante. Les néologismes m'ont enchantée et je me suis complètement laissée embarquer par la poésie, les images de ce merveilleux roman. Le pianococktail, les pièces qui rétrécissent, le nénuphar de Chloé ; toutes ces inventions laissent une lueur persistante en moi, cette manière de raconter que je n'avais pas imaginée, elle va rendre bien pâle quantité de lectures. Un pas de plus vers la littérature qui compte désormais tant à mes yeux : celle qui allie plus que jamais, le fond à la forme.

L'écume des jours

"L'Ecume des jours : ce titre léger et lumineux annonce une histoire d'amour drôle ou grinçante et inoubliable, composée par un écrivain de vingt-six ans. C'est un conte de l'époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, merveilleux et fantastique, féerique et déchirant. Dans cette oeuvre d'une modernité insolente, l'une des plus célèbres du Xxe siècle et livre-culte depuis plus de trente ans, Duke Ellington croise le dessin animé, Sartre devient une marionnette burlesque, le cauchemar va jusqu'au bout du désespoir. Mais seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes : le bonheur ineffable de l'amour absolu et la musique des noirs américains..."

La compagnie des spectres - Lydie SALVAYRE

Dans cet appartement, une mère, sa fille et des morts qui profitent que la porte s'ouvre pour rappeler leur présence. Une construction en huis clos singulière. Là aussi, la forme est intimement liée au fond, le discours des deux femmes s'entremêle, l'homme - l'huissier - y restera toujours étranger. La colère et la folie peuvent-elles se transmettre de mère en fille ? 

La compagnie des spectres

"Rose Mélie et sa fille Louisiane vivent comme des recluses dans un petit appartement à Créteil. Il faut dire que la mère a cessé de vivre en 1943, date à laquelle son frère s'est fait tuer par des miliciens. Ce drame a marqué sa vie à tel point que quotidiennement elle revit l'Occupation. Elle injurie, insulte, crache sur le maréchal Pétain, Darnand et autres collaborateurs toujours vivants dans son monde et incarnant le mal. Le jour où un huissier, Maître Echinard, vient procéder à l'inventaire de leurs biens avant saisie, c'est l'explosion. Louisiane, exaspérée et craintive, essaie tant bien que mal de limiter les dégâts produits par les invectives et les élucubrations de sa mère à l'égard de l'homme en qui elle voit un milicien. Et les deux femmes se lancent devant l'huissier impassible dans un dialogue de démentes, souvent drôle. Le récit de leurs vies se dessine petit à petit à travers les paroles hallucinées et violentes qu'elles profèrent. Ce roman a reçu le prix Novembre en 1997."


Truismes - Marie DARRIEUSSECQ

Si je n'aime rien mieux que la littérature "musclée", j'ai tout de même un certain seuil de tolérance quant aux baffes dans la gueule. Définition de truisme : vérité trop manifeste. J'ajouterais, cruauté trop manifeste. Le début m'a vraiment étonnée, le sensoriel de la mutation et les différents niveaux de lecture possibles mais à la longue le hoquet de surprise s'est transformé en haut-le-coeur... je suis pourtant allée au bout et presque d'une traite, allez comprendre...



"Le directeur a été très gentil avec moi le jour de mon embauche. J'ai eu la permission de gérer ma parfumerie toute seule. Ça marchait bien. Seulement, quand les premiers symptômes sont apparus, j'ai dû quitter la parfumerie. Ce n'était pas une histoire de décence ni rien ; c'est juste que tout devenait trop compliqué. Heureusement, j'ai rencontré Edgar, et Edgar, comme vous le savez, est devenu président de la République. C'était moi, l'égérie d'Edgar. Mais personne ne m'a reconnue. J'avais trop changé. Est-ce que j'avais raté la chance de ma vie ? En tout cas, je ne comprenais toujours pas très bien ce qui m'arrivait. C'était surtout ce bleu sous le sein droit qui m'inquiétait..."


La course au mouton sauvage - Haruki MURAKAMI

Sympatoche mais dans le genre enquête délirante je préfère celles d'Eduardo MENDOZA. Je suis, en revanche, toujours décidée à lire "Kafka sur le rivage".

La course au mouton sauvage

"Ami d’un jeune homme surnommé le Rat, un publicitaire assez banal, divorcé, vivant avec une femme dotée de très belles oreilles, voit son univers basculer parce qu’il a publié la photo d’un troupeau d’ovins dans un paysage de montagne. Parmi ces moutons, l’un d’eux aurait pris possession d’un homme pour en faire le Maître d’un immense empire politique et financier d’extrême droite. Or, le Maître se meurt. Menacé des pires représailles, le publicitaire doit retrouver le mouton avant un mois. Ce qui le mène de Tokyo à l’hôtel Dauphin de Sapporo, pour finir au fin fond d’une montagne encore plus au nord de Hokkaido.« Qui irait croire une histoire aussi loufoque ? » dit le Rat à son copain.Justement, dans les livres de Murakami, ce qui compte, ce sont moins les péripéties que les permanences : son amour du jazz, de la musique pop anglo-saxonne, des vieux films américains, de la cuisine (bien arrosée), son humour décalé et cet art inimitable de décrire de manière familière les pires extravagances."


Etat limite - Pierre ASSOULINE

Zag m'a prêté ce livre pour ses descriptions de métro. Si j'ai vraiment aimé les scènes quotidiennes racontées au début (dans l'esprit de ce que je peux décrire dans mes "dérobées") et aussi la partie merveilleusement sonore à la fin, je n'ai trouvé que peu d'intérêt et de crédibilité à l'intrigue généalo-aristocratique...

Etat limite

"Généalogiste professionnel et travailleur résolument indépendant, François-Marie Samson vient de mettre la dernière main à l'un des plus beaux arbres généalogiques qui se puissent imaginer : celui de la dynastie Chemillé, exemple parfait de la vieille noblesse française.
Convié à la grande réunion de famille organisée pour la présentation de son travail, il découvre de l'intérieur un milieu qu'il ignorait jusqu'à présent : l'aristocratie, et l'observe avec une curiosité d'entomologiste - comme il observe tous les événements qui ponctuent son existence, même les plus menus.(...)"

 


La maison de poupée - Henrik IBSEN

Je vais travailler ce texte au théâtre l'année prochaine, ma lecture n'a donc pas été objective du tout. J'ai aimé la lente transformation de Nora et le tableau final mais je redoute la mise en bouche de ces dialogues d'un autre temps...



"Dans cette maison où la femme est et n'est qu'une poupée, les hommes sont des pantins, veules et pleutres.
Sans doute Nora incarne-t-elle une sorte de moment auroral du féminisme, alors qu'être, c'est sortir, partir. Et Ibsen, grâce à ce chef d'œuvre, accède au panthéon de la littérature mondiale. Mais si sa poupée se met, sinon à vivre, du moins à le vouloir, au point de bousculer au passage l'alibi de l'instinct maternel, c'est qu'autour d'elle les hommes se meurent. Ibsen exalte moins Nora qu'il n'accable le mari, l'avocat Helmer, ou Krogstad par qui le chantage arrive."

 

Par Laetitia BERANGER - Publié dans : Partager mes lectures - Communauté : Interlignes
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