Immersion théâtrale

Publié le par Laetitia BERANGER

Je ne suis pas prête d'oublier mon week-end des 14 et 15 mars... Deux spectacles étonnants dont j'ai très envie de vous parler :


L'ORATORIO D'AURELIA
au Théâtre du Rond-Point

Conception et mise en scène Victoria Chaplin
avec
Aurélia Thierrée
et
Julio Monge (comédien-danseur)


"Il y a en chacun de nous un espace secret ; une folie invisible aux autres et très personnelle. Le corps démembré surgit dans le désordre. Ici une jambe là un bras qui tâtonnent en s’extirpant des tiroirs d’une commode ancienne. C’est Aurélia Thierrée que l’on découvre ainsi par morceaux. Le temps de chausser un escarpin et la femme se reconstitue. Hop, c’est la magie. Il faut dire qu’il y a urgence; le téléphone sonne. Une voix d’homme laisse un message sur le répondeur. Mais pour être franc, les événements se télescopent selon une logique endiablée. Comme dans les contes de fées ou comme dans les rêves, les objets ont leur vie propre et il vaut mieux ne pas les contrarier. Alors si l’on se retrouve en train de s’écouler dans un sablier, ce n’est peut-être pas si grave après tout. Il n’y a qu’à attendre que ça passe. D’ailleurs il serait inutile de vouloir contrôler la situation. Est-ce que ce ne serait pas ces musiques entêtantes ou virevoltantes qui mènent à leur façon toute cette sarabande? Et voilà qu’Aurélia se retrouve traversée par un train! Ce qui vaut quand même mieux que passer dessous… Avec cet Oratorio aussi poétique qu’endiablé, cette circassienne prouve en tout cas qu’elle est la digne fille de ses parents, Victoria et Jean-Baptiste Thierrée."

Informations sur la tournée :
La Compagnie des petites heures
01 42 71 86 17 - cie.petites.heures@wanadoo.fr


J'ai assisté à la dernière représentation, je ne vais donc pas pouvoir vous recommander de vous précipiter au Rond-Point mais guettez bien cette famille Chaplin-Thierrée dont je vous parlais déjà ici ! Je place ce dernier volet en deuxième position car il m'a un peu moins emportée que "La Veillée des abysses" de James (le frère d'Aurélia, suivez un peu !). Mais j'ai passé un merveilleux moment ; j'ai retrouvé la poésie visuelle et l'inventivité des décors et des costumes, la drôlerie des scènes "à l'envers" - où l'on voit par exemple, l'ombre et l'homme inversés - la foldinguerie d'un univers digne d'"Alice au pays des merveilles" où les marionnettes prennent vie et où l'on constate avec surprise qu'un petit train vous traverse le ventre. Une trilogie de spectacles vraiment originaux... carrément magiques, n'ayons pas peur des mots !



LE SOULIER DE SATIN
au Théatre de l'Odéon

de Paul CLAUDEL
mise en scène Olivier PY

Jusqu'au 29 mars 2009


"Une femme a senti qu'en courant à sa joie, elle risquait fort de courir à sa perte. Elle recourt donc à une ruse toute simple et digne d'un coeur d'enfant : mettant la Vierge dans sa confidence, elle l'engage pour moitié dans son aventure et laisse entre les bras de son image l'un de ses souliers. Prouhèze, désormais - tel est son nom - sera vouée à boiter, et ne pourra plus faire un pas dans l'existence sans être protégée, y compris contre elle-même, par cette boiterie. Cette histoire - une folle, sublime, déchirante histoire d'amour -, Claudel a voulu la développer à travers les années et par-delà les mers, afin de faire sentir comment le sacrifice d'une âme noble va élargissant autour d'elle, pareille à une pierre jetée dans l'eau de la création, «ses anneaux divers et concentriques». Et pour mieux en faire résonner toutes les harmoniques, il a choisi comme décor de cette chasse spirituelle ce «sou d'or» suspendu dans les cieux qu'est notre globe, moins d'un siècle après que Christophe Colomb eut achevé d'y découvrir le Nouveau Monde. Autour du couple que forme l'héroïne avec son bien-aimé Rodrigue, l'imagination foisonnante du poète sème à pleines poignées tout un peuple de figures épisodiques ou immortelles : grammairiens ou conquistadores, jésuites et pauvres pêcheurs, religieuses ou Grands d'Espagne, actrices dupées, peintres japonais, chinois, drapiers et cavaliers, c'est par dizaines que se comptent ceux qu'il invite à son grand défilé d'êtres."

Quelques images tournées pendant les répétitions


Dans un tout autre genre, un genre plus tragique... un genre plus long, surtout ! Ce spectacle m'a fait vivre une expérience unique : 9h30 de représentation au théâtre de l'Odéon. Tout a débuté par une phrase qui tournera longtemps dans ma tête, elle disait quelque chose comme : "La beauté est aussi dans ce que l'on ne comprend pas". Cela pourrait résumer grossièrement ce que j'ai vécu ce jour-là. Des monologues longs longs dont je perdais le fil, les mots de Claudel, les réflexions abyssales sur la vie, l'amour, la mort... par moment, leurs sens m'échappaient mais le plus incroyable c'est que l'ennui ne s'est jamais installé. Le texte devenait musique à mes oreilles et les voix m'enveloppaient toute entière, comme si les sensations prenaient le relai et venaient recouvrir l'incompréhension. La mise en scène d'Olivier Py ne lasse pas les yeux non plus : des structures immenses poussées à vue, de l'or, des drapés rouges et des costumes somptueux. Plusieurs scènes sont encore très vives dans mon esprit : l'estampe japonaise qui se dessine sous nos yeux, Jeanne Balibar magistrale attachée au bout d'une corde et dialoguant avec son ange gardien, le ring incliné que l'on voit s'enflammer lorsque Prouhèze et Don Camille se déchirent, le monologue de la lune, l'énorme "sphère-monde" dorée, le voyage de la lettre à Rodrigue... Il faisait beau ce dimanche-là mais je ne regrette pas un instant cette immersion.

Il vous reste encore quelques jours pour y assister... Pour les plus pragmatiques, sachez seulement que vous entrerez à 13h pour ne ressortir que vers minuit et demie... qu'il y a des pauses, que les sièges sont très confortables et que parfois, on rit aussi !

Publié dans Les mots en scène

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Commenter cet article

fashion 27/03/2009 09:05

Je t'admire d'avoir osé Le soulier de satin : je trouve cette pièce affreusement pénible et absconse (comme le reste de l'oeuvre de Claudel d'ailleurs) et pourtant je l'ai jouée, il y a looooongtemps.

Laetitia BERANGER 30/03/2009 11:38


@Lucile & Fashion : Quand on aime, on ne compte pas, non ?! Plus sérieusement, je crois que je ne serais jamais parvenue à lire cette pièce mais avec tout ce qu'il y avait autour, cela a permis
d'enrober l'abscons pour en faire une belle expérience ;-)


Lucile 25/03/2009 14:14

Aaahh! oui c'est vrai! J'avais oublié que tu allais voir cette fameuse pièce hyper-longue! Chapeau, moi je n'aurais pas eu le courage! :) Et le monde des Chaplin-Thierrée me tente définitivement! ^_^