Un mur de silence

Publié le par Laëtitia BERANGER

 

Tout a commencé face à un mur. Un mur pas si haut ou si imposant que ça, mais un sacré mur tout de même. J’avais beau lui parler, rien ne semblait l’atteindre. Je me demandais bien ce qui pouvait se cacher derrière. Je parlais, parlais, encore et encore mais je me heurtais sans cesse à son silence. Je pouvais presque visualiser mes mots rebondir contre sa surface insensible. S’ils avaient pu se matérialiser, ils auraient ricoché mollement et seraient aller s’échouer au sol, en complet désordre. Syllabes, accents, lettres, virgules ou points d’interrogation, tous logés à la même enseigne… J’ai observé de très près la structure de ce mur. Du crépi blanc, froid et impersonnel. J’ai commencé à gratter pour voir s’il céderait à un premier assaut. Mais le mur n’allait pas se rendre si facilement, il me laissa m’écorcher les mains sans sourciller. Je compris alors que je m’y prenais mal et décidai de tout reprendre du début. Je pris de la distance, m’assis en tailleur à quelques mètres de lui et attendis. J’étais convaincue que ma patience en viendrait à bout. Quelle naïve, vraiment ! Ce mur devait bien rire de mes pauvres tentatives… Mais je continuais à lui parler, sans renoncer, je me disais que tous ces efforts finiraient bien par être récompensés. Je parlais de moi, puisque le mur me refusait toute confidence. Parfois, cela me consolait d’avoir tout de même quelqu’un à qui parler, mais la plupart du temps, je souffrais de ne pouvoir partager. Je fatiguais mes yeux à force de le scruter, mais de temps à autre il me semblait le voir évoluer. Un léger changement d’aspérité, de couleur ou bien était-ce le fruit de mon imagination ? Petit à petit je me rapprochais du mur. J’en vins à y adosser mon dos, tout doucement. Ce contact était loin d’être chaleureux, je sentais sa réticence. En signe de bonne volonté, je collai mon oreille au mur lui proposant ainsi une écoute discrète. Mais rien n’y faisait, le mur restait muet.

 

Un jour, je me suis énervée. J’ai tapé du poing, crié mon incompréhension et mon désarroi. J’ai collé mon visage tout contre lui et j’ai pleuré. J’ai pleuré longtemps et cédé toute entière au découragement. Cela faisait des mois maintenant que je suppliais le mur de me parler. Quand il n’y a eu plus de larmes à verser, je m’endormis, ainsi au pied du mur. A mon réveil, une surprise de taille m’attendait. Le crépi avait laissé place à des briques. Sur le moment, je ne sus pas comment le prendre. Etait-ce une avancée ? Cela avait au moins le mérite d’être un signe, le premier que le mur me faisait. Je décidai donc que cette transformation était bénéfique et redoublai d’efforts. Chaque jour, je me rendais au mur et m’efforçais de le comprendre. Tout cela relevait du rituel…

 

J’affûtais mes discours, choisissais mes mots avec soin. Je marchais de long en large à ses côtés, récitant mes refrains. Je voulais tant le convaincre. Mais les mois passaient et plus rien ne se produisait. Le mur était si dur avec moi. Plus aucun signe pour m’encourager, je n’existais pas à ses yeux, c’était pire que du dédain. Une fois encore, la colère de la frustration m’envahit et je tentai une nouvelle approche en force. Je m’accrochai, tentai de me hisser, cassai mes ongles et râpai mes mains. En vain, le mur se refusait toujours à me parler. D’épuisement je finis par poser mon front contre ses briques, chauffées par le soleil. Et là, je fermai les yeux un instant, tentant de retrouver mon calme. J’entendis alors un bruit venant du côté droit. Je n’osais pas bouger de peur qu’il change d’avis. Le mur avait décidé d’agir de nouveau. Je l’entendais craquer et sentais des tressaillements le parcourir. Quand le silence se fit, je choisis de m’en écarter lentement avant de tourner la tête.

 

Ce que le mur m’avait offert, c’était une fenêtre. Oh, pas une très grande fenêtre, mais bien mieux qu’une lucarne tout de même. Dans la fenêtre, je vis un œil. Un œil tout bleu. Et dans cet œil, des tas de choses ou plutôt des tas d’images. Je compris alors que le mur et moi ne parlions pas le même langage. A moi les mots, à lui les images. Ce jour là, nous fîmes un grand pas. Parfois, le mur fermait son œil, mais je ne lui en voulais pas. Depuis ce jour, je ne désespère pas de voir s’ouvrir une porte entre le mur et moi. Une porte qui nous aiderait à allier nos mots et nos images pour ne former qu’un seul langage.

 

 

Laëtitia BERANGER

 

 

Publié dans Quelques textes

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tiphanie 02/06/2006 21:45

Ma chère laëtitia,
Il est toujours émouvant de voir que les gens que l'on conanit et que l'on apprécie recèlent de tels talents.
Je suis émue et fière, ce texte est magnifique. Je t'implore de continuer sur cette voie!
Je regrette seulement de ne pouvoir te voir ni te lire plus souvent.
Encore bravo, j'attends avec impatience les prochains.
tiphanie

Aimelasorc 01/06/2006 22:48

Que ce soit un mur ou une personne, ce n'est pas évident de parler le même langage. Beaucoup d'incompréhension et si personne ne veut vraiment communiquer, on arrive à des drâmes. J'aime beaucoup ton texte Laétitia