La douleur de Duras

Publié le par Laetitia BERANGER

Je ne vais pas savoir vous en parler comme il le faudrait alors je vais faire très court. J'ai vu il y a deux jours, salle Jacques Brel à Pantin, l'adaptation du journal écrit par Marguerite Duras : "La douleur". Elle y raconte en 1945, l'attente de son mari, déporté.

C'est un des spectacles les plus bouleversants auquel j'ai assisté. Je m'interrogeais récemment sur la possibilité d'adapter Duras à l'écran, ce dont je suis sûre aujourd'hui, c'est que ses textes sont sublimes quand ils sont dits ; ils résonnent et prennent toute leur ampleur sur une scène de théâtre. (La représentation de Savannah Bay m'avait déjà beaucoup impressionnée)


Dominique Blanc
donne corps à ce journal d'une manière qu'il m'est impossible de vous décrire. Elle incarne véritablement cette attente intolérable et la pugnacité de celle qui attend. Je suis assise au premier rang, je vois les expressions de son visage, ses yeux ; cette douleur transmise par son corps tout entier.

Seule Duras me trouble de cette manière. Cette capacité à dire l'horreur sans un soupçon de pathos, cette façon de raconter les corps. Je n'oublierai pas.

Le spectacle se termine et moi je ne peux pas parler. Quelqu'un a ramassé l'écharpe oubliée par un monsieur. Un peu plus loin, c'est un bonnet que j'aperçois, abandonné sur une chaise...



« J'ai retrouvé ce journal dans deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château. Je n'ai aucun souvenir de l'avoir écrit. Je sais que je l'ai fait, que c'est moi qui l'ai écrit, je reconnais mon écriture et le détail de ce que je raconte, je revois l'endroit, la gare d'Orsay, les trajets, mais je ne me vois pas écrivant ce Journal. Quand l'aurais-je écrit, en quelle année, à quelles heures du jour, dans quelles maisons ? Je ne sais plus rien. [...] Comment ai-je pu écrire cette chose que je ne sais pas encore nommer et qui m'épouvante quand je la relis. Comment ai-je pu de même abandonner ce texte pendant des années dans cette maison de campagne régulièrement inondée en hiver. La douleur est une des choses les plus importantes de ma vie. Le mot « écrit » ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d'une petite écriture extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment auquel je n'ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m'a fait honte. » (Extrait du livre).




Une interview video de Patrice Chéreau

Les dates de la tournée


Si le spectacle ne vient pas à vous, lisez le texte disponible chez Folio et aussi dans l'anthologie (parcours 1943 - 1993) publiée chez Gallimard.

Publié dans Les mots en scène

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Come 17/03/2010 23:12


Je sors de l'Auditorium de Bourges, salle dans laquelle était programmé La Douleur.
Dominique Blanc fait une prestation impressionnante de justesse et donne par ses attitudes encore plus d'intensité aux textes déjà très forts de Marguerite Duras.
On passe de l'émotion à la colère, de l'admiration pour l'amour de cette femme pour l'être tant attendu, à la révolte contre la folie des hommes.
C'est aussi à mon sens un message d'espoir dans un des contextes les plus douloureux de notre histoire contemporaine.


Laetitia BERANGER 19/03/2010 11:43


@Come : Je ne savais pas que le spectacle tournait encore. Tant mieux, il mérite d'être vu par le plus grand nombre ! Il reste à ce jour, l'un de mes plus forts moments de théâtre...


Laura 27/05/2009 22:33

J'ai entendu parler de ce spectacle à la radio, mais je n'ai malheureusement pas pu y assister... Je suis tout de même d'accord avec toi, les textes de Duras sont absolument superbes. 

Laetitia BERANGER 29/05/2009 09:59


@Laura : Duras me chavire comme personne, je la lis au compte-goutte, je l'économise pour qu'elle m'accompagne et me surprenne longtemps encore...


Léthée 23/02/2009 12:26

La pièce vient à moi à Clermont-Ferrand le 27 mars. J'ai hâte d'y être. Merci pour ce billet !

Laetitia BERANGER 24/02/2009 10:48


@Léthée : Ah chanceuse ! Tu reviendras me donner tes impressions ? J'espère que tu seras aussi emportée que moi par la prestation de Dominique Blanc.


ckankonvaou 22/02/2009 21:10

D. Blanc doit surment mieux coller au rôle de Duras que I. Huppert dans Un barrage..... c'est une question de quoi ? comment dire ? de ressemblance intérieure... de vraisemblablité tout cela ne rajoutant rien à l'une et n'enlevant rien à l'autre qui sont toutes deux de grandes comédiennes.....

Laetitia BERANGER 24/02/2009 10:54


@ckankonvaou : Rien à voir effectivement ! "Ressemblance intérieure" j'aime bien cette idée. Il me semble en tous cas qu'il y avait une certaine évidence dans l'interprêtation de Dominique
Blanc. Mais je me demande décidément si une scène de théâtre ne convient pas mieux aux mots de Duras. Il faut que je voie les films qu'elle a réalisé elle-même.


dominique boudou 26/01/2009 12:17

Il est toujours extrêmement difficile de mettre en scène Duras car il faut creuser en profondeur sous les mots, ne pas se perdre dans les galeries.

Laetitia BERANGER 26/01/2009 18:40


Et en même temps, ce sont bien ses galeries qui font son charme, se perdre juste ce qu'il faut pour que cela reste agréable. Savant dosage.