Rédac' n°3 - "La hausse des prix"

Publié le par Laetitia BERANGER

Ah ! La Rédac' du mois... L'occasion de me prouver que je suis capable d'écrire sur tout et n'importe quoi ?

Je vous rappelle le principe : chaque mois, le même jour, à la même heure, des rédac' blogueurs écrivent un billet sur un sujet commun. Ce mois-ci : Laurent, Olivier, Noelia, Bergere, Bertrand, JvH, Hibiscus, Anne, Julien, Looange, V à l'ouest, Jo Ann v, William, Catie, Nanou, Julie70, Gazou, BlogBalso, Lydie, Lucile, Optensia, Joël, Linda, Julie, Ckankonvaou, Lodi, Mahie, Brigetoun, Renée, Mouton, Agnes, Laetitia, MissBrownie, Karmichette, Rikard, Dung, Pivoine Merlin, Sandrine, Adelaide planchent sur le sujet "La hausse des prix" allez aussi voir leur version et bonne lecture !




Tous mes articles sont bien alignés sur le tapis. La caissière actionne le mécanisme ; les pâtes, les paquets de mouchoirs, la salade, les Petits Ecoliers avancent au pas. Bip-bip, codes barres, chacun passe de la main droite à la main gauche dans un ballet parfaitement orchestré. Je surprends un claquement de pied derrière moi, il ne bat pas la mesure du bip-bip mais marque déjà son impatience. Ce pied anticipe le retard que je vais immanquablement causer à sa propriétaire. Aller ! Vite, vite, petit robot ; un sac plastique, ranger pêle-mêle les surgelés, les bières de monsieur, les Corn Flakes des enfants, les cotons tiges, le thon (naturel) en boîte. Bip-Bip, je rentre dans la danse, n’ayez crainte madame, j’ai chopé le tempo. La dame en question place en toute hâte la barre en bois qui atteste que les rouleaux de PQ petites fleurs ne sont pas les siens. Je ne mollis pas, mes bras enfournent les produits à la chaîne, ils sont autonomes, débranchés de mon cerveau. Tellement débranchés qu’ils ne réalisent pas que ce pauvre sac ne tiendra jamais le choc avec autant d’articles. Patatra, ça ne loupe pas, le fond s’écroule au moment où je projette le sac dans le caddie. Le temps suspend son vol mais pas le contenu du sac qui se déverse à mes pieds. Le coin en plastique du paquet de jambon (de dinde) accroche mon collant, le kilo de sucre m’éclate le gros orteil. Et c’est à ce moment précis que retentit la douce voix de la caissière : Cent quatre vingt trois euros et dix centimes, vous réglez par carte bancaire ?

 

Je reste interdite tandis que la conserve de petits pois s’éloigne vers un monde meilleur. La caissière enregistre un temps de réaction anormalement long et plante ses deux billes globuleuses dans mes yeux ahuris. Y a un problème, madame ? Je sens poindre l’agacement mais il ne faut pas m’en vouloir, ma mâchoire est disloquée, je ne peux pas répondre. Cent quatre vingt trois euros et dix centimes, comment est-ce possible ? Je n’ai pourtant rien ajouté à la liste, j’ai reposé le rouge à lèvres - dont j’avais très envie – et je suis venue sans les enfants pour éviter les caprices. Cent quatre vingt trois euros et dix centimes. Tagada, tagada, c’est la baisse du pouvoir d’achat ! J’ai cent cinquante euros dans ma poche. Trente trois euros et dix centimes manquants. Il va falloir trancher.


La rumeur disait donc vrai, tout augmente tandis que je dégringole. Les prix grimpent, mon corps s’affaisse. Transformée à mon insu en ménagère de moins de cinquante ans, façon "Combien ça coûte ?". La hausse des prix, la baisse de mon désir. Mon désir d’être. Il doit bien y avoir un moyen de s’arranger. Qui faut-il rejoindre en réserve ? Me mettre à genoux et fermer les yeux pour trente trois euros et dix centimes, est-ce que je saurai faire ? Elle ne peut pas comprendre ça, la jeunette en uniforme Leclerc. C’est de l’instinct maternel, animal, ça vous prend toute entière. On doit être prête à tout pour nourrir son clan, non ? La bonne blague, moi qui n’ai jamais voulu allaiter.


La hausse des prix, le début de la fin. Dans un mois c’est la rentrée des classes. Une de plus. Le papier Clairefontaine, va falloir faire une croix dessus ! Je les vois déjà trépigner, faire des grimaces, non, c’est sûr, ils ne vont pas comprendre. Et la tronche de Jacques à table, soir après soir Encore des patates ? Oui, Jacques a toujours dit Patate alors avec les années, j’ai cessé de suggérer Pomme de terre. Il n’aura qu’à se faire des Nouilles et s’étouffer avec !


La gare SNCF n’est pas bien loin. On va jusqu’où avec cent cinquante euros ? Ailleurs fera très bien l’affaire.

Publié dans La rédac' du mois

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Commenter cet article

Amarante 30/05/2009 17:48

Pff... M'en parle pas : y'a dix ans, je faisais un plein au Franprix avec 160 francs, et maintenant, je m'en sors jamais à moins de 40 euros.
Alors ? Finalement, t'as fait comment avec les trente-trois euros qui manquaient ???

Emeraude 25/09/2008 10:32

j'adore !

Hélèneca 23/09/2008 08:35

J'aime le style ... et c'est pourtant si vrai ... Ailleurs ! c'est où ailleurs ?

hydromiel 21/09/2008 19:43

Je me régale avec ton blog, j'aime beaucoup la façon dont tu écris.

clara 16/09/2008 15:22

encore, encore et encore. Tu sais merveilleusement bien croquer les instants du quotidien et le faire dérailler.Bravo.