"De manière à connaître la véritable histoire de mon père"

Publié le par Laetitia BERANGER

Cher Monsieur Cauchy,

En quittant le salon du livre, emportant au fond de mon sac - non sans un brin de fierté - mon exemplaire dédicacé de votre dernier roman, j'étais bien loin de me douter... Bon sang, que ce début de phrase est laborieux et laisse présager une suite tout aussi niaise... Je reprends.

 

Monsieur Cauchy, bonjour,

Je vous écris ces quelques mots pour vous parler des vôtres... ou la la, ça ne s'arrange pas du tout ! OK, on efface tout et on recommence...

 

Nicolas,

Il faut qu'on parle !

Pourquoi ne pas m'avoir avertie ? Hein ? Moi, je n'avais pas flairé le danger, pas une seconde. J'ai ouvert votre livre en toute innocence, sans me douter que j'allais être happée toute entière au sein de cette maudite famille. Moi qui suis fille unique, j'ai toujours idéalisé les repas de fêtes, les relations frères/soeurs, les liens et tout le tralala... Alors autant vous dire que cette tribu-là m'a freinée net dans mes ardeurs ! Que de mensonges, de non-dits et de noirceur autour de ces personnages. Leurs confidences m'ont rendue voyeuse et dans leur malheur, je me suis même permise de les juger. Vous imaginez ? Ben oui, bien sûr, vous savez tout ça. Et Jean... je l'ai observé de près, je l'ai suivi, j'ai tenté de le comprendre à travers tous ces autres qui gravitent, qui gravitent… Et puis, j'ai refermé votre livre et là, j'ai ressenti comme une drôle de sensation mitigée. Impossible de me faire une opinion. J'avais aimé puisque quelques heures m’avaient suffi à engloutir ce roman mais j’avais aussi comme un goût de "il m'a manqué quelque chose" sur les lèvres. Pourtant, ni l'intrigue, ni les personnages ne manquent de saveur mais c'est un peu comme un rendez-vous écourté. Comme si j'étais passée à côté d'eux, comme si nous avions un peu raté notre première rencontre. Et cette histoire de montre rose, il faudra que je vous questionne là-dessus parce que ça m’a obsédée à la fin. Alors, je ne pouvais pas en rester là, il fallait que je sois fixée sur votre compte. Je me suis donc procurée illico votre premier roman.

 

Maintenant je sais. Je sais quoi penser.

Et je pense que je vous en veux un peu.

 

Pourquoi ? Parce qu’on ne ressort pas indemne de cette lecture-là. Parce que vos mots, comme précédemment m'ont attrapée et ne m'ont pas laissée filer avant de tous les avoir absorbés. J'ai eu mal tout de suite, quelque part entre le coeur et le ventre. Dès les premières lignes, le malaise était installé. Et vous avez voulu ça. Je vous en veux mais vous l'avez bien cherché. Car je ne peux pas tout mettre sur le dos de Simon n'est-ce pas ? C'est bien vous qui lui avez donné ce rôle sordide, c'est bien dans votre esprit qu’a germée cette histoire insoutenable ? Alors moi, je décide de vous en vouloir de m'avoir donné à ressentir toute cette répugnante violence. Le pire, dans cette histoire est encore à venir. Le pire, c'est que moi, j'ai dévoré tout ça. Les mots, les images; l'infâme, l'ignoble; les synonymes ne manquent pas. Englouti, croqué, avalé tout ça. Simon, Hélène, Simon, les autres, encore Simon. J'ai détesté ses pensées, ses mots sales, son jugement abject sur les siens. J'ai détesté. Quoi ? J'ai adoré détester ? Moi ? J'ai aimé ça ? J'ai aimé cette horreur, ce zénith d'immoralité ? Oui, c'est bien vrai, j'ai aimé. Nicolas, qu'as-tu fait là ? Pourquoi venir me tourmenter ainsi ? Remuer et serrer mes tripes. Me faire tourner la dernière page et ressentir de nouveau quelque chose de bien compliqué qui hésite entre le dégoût et le soulagement d'en avoir fini avec tout ça. Sentiment bien trouble... C’est ça que tu cherchais ? Je l’espère car tu pourrais en être fier.

 

Voilà, j'ai adoré détester.

Alors que disais-tu déjà ? Un mot, un seul ?

Non, plutôt trois :

 

MERCI A TOI.


LB.

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uncoindeblog 12/04/2008 19:47

Le propre d'un auteur est de ne pas laisser ses lecteurs indifférents. Cela semble réussi ;-D

Laetitia BERANGER 14/04/2008 11:46


@Delphine: Effectivement, indifférente je ne le fus pas !!!


Stéphanie 07/04/2008 20:07

effectivement très chouette billet :)

Lucile 07/04/2008 13:26

Coucou Laetitia! Eh bien, ce superbe billet me donne l'occasion de passer pour la première fois sur ton blog... que je vais mettre en lien depuis La Mer à lire! Et j'ai hâte de me plonger dans De manière à connaître le jour et l'heure! A bientôt!

Laetitia BERANGER 07/04/2008 18:44


Merci de votre visite les filles !

@Lo: Charabia était peut-être trop fort mais c'est tout de même un peu confus ! En même temps, si ça intrigue, c'est réussi ;-)
@Bellesahi: Oui, découvre donc et reviens me dire ce que tu en auras pensé...
@Lucile: Après cette chouette rencontre "en vraie", je m'en vais également découvrir ton espace "virtuel" dont j'aime déjà le nom !


Lo 03/04/2008 21:26

Charabia ça veut dire discours incompréhensible, et c'est bien à l'opposé de ce que nous livre ta plume !.... ;-)

BelleSahi 03/04/2008 20:03

Et bien quel billet ! Je n'ai toujours pas lu cet auteur. A découvrir donc !