Tourner les pages du "Grand Cahier"

Publié le par Laetitia BERANGER

Un très beau moment de théâtre où la langue française et la langue des signes sont mises à égalité. Les deux jumeaux sont incarnés par une comédienne entendante qui dit le texte d'Agotha Kristof avec une justesse remarquable et un comédien sourd qui signe en parallèle. Cette méthode renforce l'effet miroir et permet une compréhension parfaite pour les deux publics. Par moment, la comédienne signe aussi pour souligner certains passages et là, c'est un ballet de mains parfaitement synchronisé et une très belle complicité à contempler.
 

Le livre était encore très frais dans ma mémoire et je redoutais un peu la violence et la cruauté de certains passages. L'adaptation ne gomme en rien la dureté de l'histoire mais la mise en scène très bien pensée vous porte et vous fait découvrir le destin de ces deux enfants pas comme les autres de manière vraiment exaltante (les comédiens actionnent continuellement des interrupteurs pour jouer avec les lumières, ils utilisent des accessoires très simples pour caractériser d'autres personnages et une musique pleine de basses que l'on sent résonner sous ses pieds ponctue le récit). Curieusement, j'ai eu l'impression de beaucoup moins subir le "trash" de cette histoire durant la pièce qu'à la lecture du roman ou malgré une certaine répulsion je ne pouvais m'empêcher de tourner les pages !
 

De toutes les manifestations mêlant la LSF auxquelles j'ai assisté, c'est la première qui m'a permis de profiter pleinement des signes sans pour autant me sentir frustrée de n'avoir accès qu'à la forme au détriment du sens. Comme j'ai eu la satisfaction de capter quelques signes, ça va me motiver pour mes cours !
 
 
[Petit théâtre d’hommes et d’objets pour cabane bidouillée] 
 
"Alors que la guerre sévit dans la grande ville, Klaus et Lukas, enfants jumeaux, sont livrés par leur mère aux soins de leur grand-mère à la campagne. Désormais, ils seront appelés « fils de chienne » et seront plongés dans un univers sans éducation ni tendresse. 

Mais dans leur vie d’avant, les jumeaux ont appris à lire et à compter. Et si maintenant il n’y a plus d’école, ils entendent bien continuer seuls. Ils s’inventent alors, avec les moyens du bord une éducation faite de compositions et d’exercices d’endurcissement. 

Plus encore que l’histoire de deux enfants dans la guerre, Le Grand Cahier est l’histoire de deux êtres qui s’acharnent à détruire sans discernement tout ce qui fait souffrir, mais peut-être Le Grand Cahier n’est-il qu’une histoire inventée par deux enfants pour un jeu."
 
 


 
La pièce se joue encore jusqu'au 23 juin, même sans intérêt particulier pour la LSF, allez-y vous ne serez vraiment pas déçu et cela vous fera découvrir le théâtre IVT (www.ivt.fr).

 
Voir article précédent sur ma lecture du "Grand cahier" :
 
puis sur les 2 autres tomes "La preuve" et le "troisième mensonge" : http://laetitiaberanger.over-blog.com/article-1905742.html
 

Publié dans Les mots autrement

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